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Sud-Kivu : Un système de santé congolais au bord de l’implosion sous le poids des épidémies et de l’insécurité

Alors que la communauté internationale multiplie les initiatives de paix, la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, elle, lutte simultanément contre trois épidémies, dans une indifférence quasi-générale qui frise le surréalisme. Le dernier bilan épidémiologique de l’ONU pour décembre 2025 dresse un constat accablant.
Le tableau présenté dimanche par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est sans appel : le Sud-Kivu est devenu un terrain de jeu macabre pour les virus et les bactéries. En décembre 2025, la province a enregistré une recrudescence alarmante des cas de Mpox, de choléra et de rougeole, chaque flambée exploitant avec cynisme les vulnérabilités d’une population déjà exsangue.
La Mpox, loin d’être éradiquée, s’est installée en locataire de longue durée. Avec 2 495 nouveaux cas et un décès pour le seul mois de décembre, elle a touché l’intégralité des 34 zones de santé de la province depuis 2023. Le choléra, maladie d’un autre siècle, persiste à cause de l’accès dérisoire à l’eau potable, ajoutant 1 007 cas et 13 décès au lourd bilan annuel. Quant à la rougeole, elle profite allègrement des failles de la couverture vaccinale pour cibler les enfants, avec 1 598 nouveaux cas et 9 décès.
 
Le cocktail explosif : armes, déplacements et microbes
 
Cette triple pression épidémique ne serait peut-être pas aussi critique sans l’ingrédient détonant de l’insécurité persistante. Les conflits armés, dont l’offensive de la rébellion M23, ont déplacé des centaines de milliers de personnes. Ces déplacements massifs créent des conditions de promiscuité idéales pour la transmission des maladies, tandis que les routes coupées et les violences transforment toute intervention sanitaire en parcours du combattant.
 
Le système de santé provincial, déjà fragile, est ainsi soumis à une pression démesurée. Comme si l’on demandait à un service des urgences de soigner une foule de blessés tout en subissant un bombardement.
 
L’aide humanitaire, un colmatage héroïque mais insuffisant
 
Dans ce chaos, les acteurs humanitaires mènent un travail de Sisyphe. Ils négocient chaque jour l’accès, tentent de colmater les brèches avec des soins d’urgence et de la nourriture. L’ONU réclame, une fois de plus, un accès rapide, sans entrave et sécurisé. Une rengaine qui semble se perdre dans l’écho des armes, malgré les annonces de processus de paix à Washington ou Doha.
 
La situation sur le terrain, elle, peine à voir la lumière. Elle rappelle cruellement que les virus et la famine ne font pas de cessez-le-feu. Alors que de nombreuses voix appellent au respect des engagements de paix, les habitants du Sud-Kivu, eux, attendent surtout que l’on s’attaque aux racines du mal : l’insécurité qui les chasse de chez eux et le sous-développement chronique qui les livre sans défense aux épidémies.
 
La coexistence de ces fléaux n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un abandon politique prolongé. La satire, ici, réside dans l’absurdité d’une situation où l’on discute de tables rondes à des milliers de kilomètres tandis que, sur place, le choléra et la rougeole – des maladies que l’on sait parfaitement prévenir et soigner – continuent de faucher des vies. La dignité humaine commande de passer enfin des discours aux actes.

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