Kasongo Yéyé : le tube vintage congolais qui envahit le net (et nos oreilles)
Relégué aux archives des années 80, le refrain de Super Mazembe est brutalement ressuscité par un prêche ougandais viril. Depuis, c’est l’hystérie collective sur les réseaux sociaux. Décryptage d'un phénomène improbable.

Il suffit parfois d’un seul mot, lancé dans le vide numérique, pour déclencher une avalanche. Ce mot, c’est « Kasongo Yéyé ». Le tube oublié du légendaire orchestre congolais Super Mazembe des années 80 est soudainement partout : sur TikTok, dans les sketches, les freestyles et les mêmes. Un come-back aussi massif qu’inattendu, qui prouve que le destin d’un hit est totalement imprévisible.
Tout a commencé là où on l’attendait le moins : dans une église ougandaise. Un pasteur, saisi par une inspiration soudaine, entonne le refrain mythique qui supplie un certain Kasongo de revenir au bercail. La vidéo, filmée et postée en ligne, devient une bombe virale. 42 millions de vues plus tard sur TikTok, le son est détourné, samplé, remixé. Il n’appartient plus à personne, mais à tout le monde.
Sur Internet, l’humour est roi. Et « Kasongo Yéyé », avec son appel désespéré et sa mélodie entêtante, est parfait pour ça. « Lorsque tu entends ce son, tu t’attends à une blague, juste pour rigoler », confirme Sandrine, une internaute conquise. Le tube vintage est devenu le soundtrack universel des vidéos comiques en Afrique centrale.
Les artistes se jettent sur l’aubaine. Chris Ndizi Bro, star congolaise des réseaux suivie par plus d’un million de fans, n’a pas résisté. « La chanson m’avait vraiment inspiré. Étant donné qu’elle est perçue comme humoristique, je me suis dit : pourquoi ne pas faire du rap comique ? » De la Zambie au Grand Katanga, studios et comédiens s’emparent du phénomène. L’acteur Sando Marteau promet même une performance spéciale pour son prochain spectacle à Lubumbashi, berceau originel de l’orchestre. Son ambition ? « Immortaliser, pérenniser ce son-là ».
Et après ? Cette résurgence pose une question cruciale : comment préserver ce patrimoine musical congolais avant qu’il ne retombe dans l’oubli ? Le défi n’est pas nouveau. Le professeur Yoka Liye, figure emblématique de la scène artistique kinoise, y travaille ardemment. Son combat ? « La transcription des chansons, écrire la partition » pour sauver de l’oubli les trésors musicaux des provinces, bien au-delà de la seule rumba kinoise. Un travail de fourmi, essentiel, qui a déjà permis l’inscription de la rumba au patrimoine immatériel de l’Unesco.
« Kasongo Yéyé » a eu de la chance : un second life improbable grâce aux algorithmes. Mais pour des centaines d’autres chefs-d’œuvre, la course contre la montre continue. Le défi est lancé : ne pas laisser la mémoire musicale du Congo se réduire à des virilités TikTok.