
Dans la salle de conférence du siège d’Alogis, la Juriste Marlène Fabienne Essola Efountame a déclaré la guerre. Face à la presse, le conseil juridique des groupes Satram, EGCA et Alogis n’a pas fait un simple exposé : elle a livré un réquisitoire implacable contre ce qu’elle qualifie de « hold-up judiciaire » en cours. Son discours, tranchant comme une lame, vise les syndics en liquidation, accusés de piétiner la loi pour dépecer un patrimoine économique viable. « Ce ne sont pas de beaux discours qui font l’État de droit », a-t-elle martelé, posant un ultimatum au système.


Le droit bafoué, une décision « inexécutable » brandie comme une arme
Au cœur du combat : une décision de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) prononçant en 2024 la liquidation de Satram et EGCA. Mais Maître Essola Efountame rappelle la règle, incontournable : un recours en révision et un sursis à exécution ont été formés. « En vertu de l’article 14 du traité OHADA, ces recours ont un effet suspensif. Point final. Tenter d’exécuter une telle décision est une forfaiture, une violation pure et simple de la loi. » Pour elle, cette obstination à vouloir liquider contre vents et marques révèle une intention qui dépasse l’application d’un jugement.
Alogis, la cible illégitime d’une prédation organisée
L’offensive, selon l’avocate, a une cible claire : Alogis. Et c’est là que le bât blesse juridiquement. Créée en 2021 via un concordat homologué, Alogis est une entité autonome, dotée de sa propre personnalité juridique. Satram et EGCA n’y sont que minoritaires (36%). Surtout, la décision de la CCJA ne mentionne pas Alogis.
« Les syndics n’ont aucun droit de gestion, aucun mandat sur Alogis. Pourtant, ils tentent de s’accaparer ses actifs, de s’immiscer dans ses opérations. C’est une spoliation en règle, déguisée en procédure. Ils vont jusqu’à affirmer publiquement que les biens d’Alogis leur appartiennent ! C’est un mensonge qui tue la confiance et sape l’économie réelle », dénonce-t-elle, la voix chargée d’une colère froide.
Neutralité violée, collusion suspectée : l’heure des comptes a sonné
Le ton se fait plus grave encore quand Maître Essola Efountame égrène les manquements des syndics : violation flagrante de leur obligation de neutralité, dépôt de plaintes pénales infondées contre les dirigeants, approches directes et suspectes auprès de partenaires comme Comilog pour évincer Alogis au profit d’intérêts concurrents.
« Je ne sais pas si on est dans un État qui se veut de droit, lance-t-elle, percutante. Mais quand on voit ces manœuvres, on se demande qui tire réellement les ficelles. La première approche pour racheter les actifs ayant échoué, on passerait donc par les syndics ? Nous ne sommes pas naïfs. »
Et elle prévient, sans ambages : la responsabilité personnelle des syndics peut et doit être recherchée, « civilement et pénalement ».
Plus qu’une entreprise, un symbole de souveraineté économique à défendre
Derrière ce jargon procédurier, c’est l’avenir de plus de 1000 familles gabonaises qui se joue. « Satram et EGCA ont un passif, oui. Mais leur expertise, leur histoire et la dignité due à leurs employés ne se liquident pas à coups de milliards », plaide l’avocate. Alogis était la solution de redressement, l’espoir de sauver un fleuron national. Aujourd’hui, cet espoir est pris en otage.« Nous nous battrons sans relâche. Une demande de remplacement des syndics est en cours. Nous appelons tous les partenaires à ignorer leurs injonctions illégitimes concernant Alogis. Ce combat est celui du droit contre l’arbitraire, de la préservation de notre patrimoine économique contre la prédation. La détermination de mes clients est absolue. Le droit finira par triompher. »
Le message est clair : la bataille juridique pour Satram, EGCA et Alogis est entrée dans une phase décisive. Elle oppose désormais, sans concession, la rigueur de la procédure à ce qui est présenté comme une tentative de dévoiement de la justice. L’État de droit gabonais en sortira marqué.



