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Gabon-France : fini le paternalisme, place au partenariat « gagnant-gagnant » ?

La visite du Président au Gabon  sentait bon la page qui se tourne. À son arrivée, Emmanuel Macron a été accueilli non pas comme un suzerain en terre conquise, mais comme un partenaire, par son homologue gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema. Après les saluts d’usage et une poignée de mains avec la foule, le duo est passé aux choses sérieuses : signer une série d’accords qui entendent acter, sur le papier du moins, la fin d’une ère.
 
L’objectif affiché ? Bâtir un Gabon « politiquement stable, économiquement autonome et écologiquement responsable ». Un virage à 180 degrés après une transition politique que Macron lui-même a qualifiée, avec un certain sans-gêne, de « rapide, maîtrisée et inclusive ». Le message, lui, est sans équivoque : la France est là pour accompagner, mais plus pour imposer.
 
Les mains dans le cambouis : des accords qui visent le concret
 
Exit les grands discours et les déclarations d’intention vaseuses. Les signatures ont porté sur des secteurs clés, avec des acteurs industriels bien identifiés :
 
EDF est sur les rangs pour moderniser un réseau électrique gabonais souvent défaillant et booster les énergies renouvelables.
Le géant Suez (IKA) est mis à contribution pour améliorer l’accès à l’eau potable à Libreville et Port-Gentil, un service public élémentaire qui fait encore défaut.
 
Le mythique et vétuste Transgabonais va-t-il enfin entrer dans le XXIe siècle ? Un protocole liant l’AFD, l’UE et la Setrag vise sa modernisation et la formation de techniciens.
 
Le groupe Eramet s’engage – promesse osée – à « valoriser localement » le manganèse et le nickel, et même à créer un centre d’innovation à Moanda. Une petite révolution dans un pays habitué à voir ses matières premières partir brutes.
 
Un fonds de 60 millions de dollars est annoncé pour récompenser le rôle du Gabon dans la protection du climat et de sa biodiversité. Une manière pour la France de mettre son portefeuille en accord avec ses principes écologiques.
 
 
La souveraineté, nouveau mantra gabonais
 
C’est le président Oligui Nguema qui a planté le décor, avec une phrase qui résonne comme un manifeste : « Le Gabon définit désormais seul le cadre de ses alliances. » Finis les modèles néo coloniaux, place à une coopération « équilibrée ». Un rappel à l’ordre qui ne passe pas inaperçu dans l’ancien pré carré français.
 
 
Côté français, on joue la partition du partenaire respectueux. La coopération sécuritaire, pilier souvent controversé de la relation, serait « totalement réinventée », axée sur la formation et les exercices conjoints. Même la lutte contre le braconnage et l’orpaillage illégal aura droit à sa propre académie.
Jeunesse et culture : le soft power en renfort
 
Avec plus de 5 700 étudiants gabonais en France, le lien est déjà tangible. Les deux présidents ont mis en avant la « créativité gabonaise », symbolisée par la rénovation de l’Institut français de Libreville. Une manière de soigner les esprits en même temps que les infrastructures.
Le verdict des observateurs : une « refondation » en marche ?
 
Pour les analystes, cette visite n’est pas un simple ajustement. Elle incarnerait une « refondation diplomatique » : un partenariat repensé qui se veut duplicable, mêlant respect mutuel, équité et un pragmatisme assumé. L’idée est de servir un développement durable du Gabon, mais cette fois, « d’égal à égal » avec la France.
 
Reste à voir si les actes suivront les belles signatures. Le « gagnant-gagnant » a bon dos dans les discours ; sa traduction sur le terrain, pour les populations gabonaises qui attendent des résultats concrets, sera le seul vrai critère de succès de cette nouvelle alliance affichée. L’ère du clientélisme est-elle réellement révolue ? L’avenir le dira, mais à Libreville, on a clairement signifié que les règles du jeu avaient changé.

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