
L’ombre d’une escroquerie massive, qui a dépossédé des milliers d’épargnants gabonais, plane de nouveau sur le tribunal de commerce de Libreville. Alors que les véritables auteurs présumés de BR Sarl ont disparu depuis des années, laissant derrière eux un désert financier et un goût amer d’impunité, les regards se tournent désormais vers de nouveaux accusés : les banques. Dans un procès à haut risque, ce sont les établissements bancaires partenaires – UBA, Ecobank, Orabank – que les avocats des victimes, menés par le tenace Emmanuel Mvé Mba, ont placé au cœur de la bataille judiciaire. Le verdict, attendu pour le 30 décembre 2025, pourrait marquer un tournant dans ce scandale vieux de plus d’une décennie.

L’audience du 9 décembre dernier n’était pas une simple formalité procédurale. Elle a été le théâtre d’un réquisitoire cinglant contre ce que les plaignants décrivent comme une « négligence coupable » institutionnalisée. Comment expliquer, en effet, que des flux financiers suspects, émanant d’une société dont la légalité avait été publiquement mise en doute par les autorités gabonaises auprès de la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC), aient pu circuler impunément dans le système bancaire ? La question, martelée par les avocats, est devenue le leitmotiv d’un combat judiciaire qui dépasse la simple restitution d’avoir.
« L’État avait écrit à la COBAC pour signaler que BR Sarl n’avait jamais été légalement constituée. Dans ce cas, que faisaient les gardiennes du temple financier ? », interroge, avec une ironie mordante, Emmanuel Mvé Mba, président du Collectif des Associations pour la Paix et la Prospérité Économique (CAPPE) et porte-voix infatigable des victimes. Pour lui et son collectif, il ne s’agit pas d’une simple faute de procédure, mais d’un « laisser-aller » ayant potentiellement favorisé un vaste mécanisme de blanchiment de capitaux.
Emmanuel Mvé Mba : l’infatigable porte-voix la cause
Face à l’ampleur du désastre et à la lenteur de la justice, certains épargnants, découragés, ont laissé monter des critiques contre la stratégie du CAPPE. Emmanuel Mvé Mba y répond avec une détermination qui frise l’intransigeance, un mélange de conviction profonde et de sarcasme à l’égard des sceptiques. « Il faut catégoriser les épargnants, lance-t-il. Ceux qui ont porté plainte, ce sont nous. Ceux qui, depuis leurs quartiers, mettent en doute notre démarche… devraient peut-être y rester. »

Son propos, volontairement provocateur, cache une réalité plus complexe : celle d’un homme et d’une organisation qui traînent depuis des années l’État gabonais et la COBAC devant la Cour de la CEMAC, et qui sont aujourd’hui les premiers à avoir forcé les portes du tribunal de commerce pour y amener les banques. « Je rappelle, pour que ce soit clair, que nous sommes les premiers à avoir engagé ces procédures. Et je suis sûr que nous allons gagner ce procès », affirme-t-il, confiant . Sa certitude a des airs de défi lancé à tout un système.
La mobilisation du 30 décembre : une ultime bataille

Sous son impulsion, et celle de Prince Mombo, à la tête du collectif des épargnants, l’appel à une mobilisation générale pour le jour du délibéré, le 30 décembre, a été lancé. « C’est le jour final pour nous », espère Mombo, enjoignant à toutes les victimes, au Gabon comme dans la diaspora, d’assister à l’audience. Cette date, symbole de la fin d’une année, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère dans ce dossier ou, au contraire, sonner le glas des derniers espoirs.
Le procès dépasse la question des seuls remboursements. Il interroge la responsabilité sociale des institutions financières, leur devoir de vigilance, et les failles d’un système de régulation qui a laissé prospérer, en plein jour, une entreprise fantôme. Les banques, accusées d’avoir été les artères vitales de l’escroquerie, devront répondre de leur silence.
Alors que 2025 touche à sa fin, Libreville se prépare à un rendez-vous crucial avec sa propre histoire financière. Entre la détermination féroce d’Emmanuel Mvé Mba, la dignité bafouée de milliers d’épargnants et le pouvoir de feu des établissements bancaires, la justice commerciale devra trancher. L’affaire BR Sarl, ce serpent de mer judiciaire, attend son épilogue. Le 30 décembre, la sentence tombera, et avec elle, une réponse à cette question simple et terrible : qui, finalement, gardait les gardiens ?



