
Ndong Ndong et Atsame Ella ont eu sept jours pour préparer leur défense. Leurs propos ? Un cocktail détonant de tribalisme, d’apologie des crimes rituels et de menaces… le tout assaisonné d’un « mea culpa » télévisé en speed.
Ils étaient censés incarner la sagesse des traditions. Ils comparaîtront pour avoir empoisonné le débat public. Junior Xavier Ndong Ndong, président du Conseil national des rites et traditions du Gabon (CNRTG), et le traditionaliste Juste Olivier Atsame Ella, alias Dokira Atsame, ont échangé leur costume d’autorité morale contre le chemin bien balisé menant au tribunal. Leur faute ? Avoir confondu parole publique et dérapage contrôlé.
Le président des rites s’enflamme et vise « les Batéké »

Tout a commencé le 27 décembre. Lors d’une conférence de presse à Libreville, Ndong Ndong, visiblement en roue libre, décide de jouer les démineurs… avec un lance-flammes. « L’argent c’est seulement pour les Batéké. La douane, les impôts et le trésor c’est seulement pour eux. […] Le reste des Gabonais peut être misérable », balance-t-il, devant des caméras médusées. Et comme pour enfoncer le clou : « Ce système-là, c’est ce système que nous devons détruire à tout prix ». La phrase, devenue virale, fait l’effet d’une grenade. Pourtant, face à la polémique, l’homme affiche un flegme de cowboy : « Qu’ils aillent me porter plainte, j’assumerai mes actes. Je ne fais que dire la vérité ». Une vérité qui, selon les enquêteurs, sent bon l’incitation à la haine et le trouble à l’ordre public. Cerise sur le gâteau tribal : il aurait aussi évoqué, sans preuve, un hypothétique coup d’État fomenté par certaines ethnies. De quoi faire frémir les services de sécurité.
Dokira Atsame, le philosophe (très) relatif du crime rituel

Dans le même temps, sur le plateau de Gabon Première, son compère Atsame Ella abordait un sujet tout aussi léger : les crimes rituels. Sa grille d’analyse ? Pour le moins… ésotérique. « Le sacrifice n’est ni mauvais ni bon. Il dépend de l’acceptation du sacrifice. Le crime, je ne le dis pas mauvais. Il se situe dans la vérité des lois spirituelles… Et si les gens souffrent, c’est leur problème ». Traduction pour les non-initiés : une relativisation troublante de l’horreur, perçue comme une apologie à peine voilée. Le public, lui, n’a pas eu besoin de longues incantations pour comprendre. L’indignation a été instantanée.
Entracte : Le sprint répressif de la DGR
Interpellés le 3 janvier, les deux hommes ont rapidement déchanté. Finies les tribunes enflammées, place aux salles d’audition de la Direction Générale des Recherches (DGR). Après deux jours de garde à vue, un revirement spectaculaire (et opportun) est capté par Gabon 24. Devant la caméra, Ndong Ndong, visiblement moins va-t-en-guerre, déclare : « J’ai tenu des propos qui ont pu heurter et choquer les Gabonais, je fais amende honorable ». Trop peu, trop tard. Leurs déclarations sont déjà classées, décortiquées, et qualifiées pénalement.
Le rideau se lève sur la justice
Ce lundi 5 janvier, le procureur de la République a pris le relais. Les chefs d’accusation sont lourds : diffusion de fausses informations, propos illégaux, incitation à la haine, menaces de mort, atteinte à la cohésion sociale et apologie des crimes rituels. En somme, un beau florilège de ce qu’il ne faut pas dire quand on prétend représenter la tradition. Les deux traditionalistes-turned- tribuns ont été inculpés et écroués à la prison centrale de Libreville. Ils ont désormais sept jours pour peaufiner leur plaidoirie devant une juridiction qui, elle, ne jugera pas sur « les lois spirituelles », mais sur le code pénal.
Moralité (provisoire) :
L’affaire Ndong Ndong – Atsame Ella est une leçon en trois actes. Elle rappelle que la liberté d’expression n’est pas un droit au débordement haineux, et que l’autorité traditionnelle ne confère pas l’impunité. Alors que le Gabon tente de reconstruire son vivre-ensemble, leurs propos ont agi comme un acide. La justice est désormais chargée de déterminer le prix de ces dérives langagières. Le spectacle continue… au tribunal.



