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Gabon : entre crimes rituels et débat sur la peine de mort, le pouvoir en quête de solutions… radicales ?

Dans un pays où la peur s’est installée au creux des foyers, une cinquantaine de personnes ont marché fin décembre dans les rues de Libreville. Leur colère ? Dénoncer les assassinats et disparitions d’enfants, un fléau qui ronge la société gabonaise dans un silence assourdissant des autorités. Rapidement dispersée par la police pour « défaut d’autorisation », cette marche, bien que brève, a mis en lumière une indignation populaire qui ne demande qu’à gronder. Parmi les manifestants, Mario Opounga, dont la voix porte le désarroi de toute une communauté.
 
« Chaque fois nous enregistrons des recrutements massifs dans l’armée. Mais paradoxalement nos enfants, nos femmes sont sacrifiés, nous nous indignons du silence des autorités devant la gravité de la situation. S’il le faut, nous irons jusqu’au bout. »
Armés de sifflets stridents et de slogans percutants, les participants ont chanté leur hostilité face aux « crimes rituels » et « crimes de sang ». Un phénomène macabre qui prospère dans l’ombre, alimentant un climat de terreur. Et lorsque la douleur frappe une famille, l’attente de la justice devient un calvaire supplémentaire, comme en témoigne Ingrid Pemba, grand-mère d’une victime. « On veut la justice. On ne peut pas nous demander de laisser les autorités faire leur travail alors qu’on n’a jamais de suite. »
 
Face à cette pression grandissante, notamment après la médiatisation du meurtre atroce du jeune Ngueba Loko Pascal Cameron, 13 ans, retrouvé mort dans une fosse, les autorités ont donc décidé d’agir. Leur proposition ? Rouvrir le débat sur le retour de la peine de mort, abolie en 2010 – la dernière exécution remontant à 1985. Lors de ses vœux à l’administration, le président Oligui Nguema n’a pas écarté cette hypothèse, renvoyant la question à une « consultation populaire ». Une manœuvre qui, pour certains, ressemble davantage à un coup de communication politique qu’à une solution structurelle. Dans les rues et sur les campus, les avis sont tranchés.
 
« En ce moment, nous faisons face à un taux de criminalité qui augmente au Gabon. Faire revenir la peine de mort, moi je trouve que c’est une bonne idée. Elle permettra de dissuader les criminels qui n’ont plus peur de la prison. » a déclaré, Junior Ella Ndong, étudiant
 
Mais cette vision « dissuasive » ne fait pas l’unanimité. D’autres voix s’élèvent, plus circonspectes, voire franchement opposées, rappelant que le système judiciaire est loin d’être infaillible.
 
« L’exécution de la peine doit tenir compte des situations du crime. Attention à ne pas systématiquement la pratiquer sur tous les présumés criminels qui peuvent être des innocents. » estime pour sa part, François Ondo Ondo, un jeune citoyen gabonais 
 
La controverse prend une tournure presque académique lorsque des étudiants pointent le manque de preuves empiriques de l’efficacité de la peine capitale.
 
« Je suis contre la peine de mort… La plupart des études ont montré ailleurs qu’elle ne permet pas toujours de baisser la courbe de la criminalité. » soutient , Joel Moigni, étudiant
 
Et si le véritable débat n’était pas là ? Certains plaident pour une approche plus démocratique, mais aussi plus encadrée. C’est ce que pense,Clémentine Leflem, étudiante, également 
 
« Une question comme celle de la peine de mort doit faire l’objet d’un référendum. Et là, il faudrait accompagner cette mesure par des garde-fous. »
 
Alors que le pouvoir semble brandir la menace de la guillotine comme un exorcisme moderne face à la barbarie, on peut s’interroger : cette consultation populaire est-elle le prélude à une justice expéditive, ou simplement un écran de fumée pour masquer l’incapacité à traiter les racines du mal – corruption, faiblesse des enquêtes, impunité ? Pour beaucoup, la mémoire des enfants disparus mérite plus qu’un débat binaire. Elle exige une justice qui fonctionne au quotidien, et non un spectacle de terreur institutionnelle ressuscitée des années 80. Le Gabon, entre peur et colère, saura-t-il trouver une voie qui honore ses morts sans sacrifier ses principes ? L’histoire jugera.

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