
Dans un climat social tendu où la grève paralyse une partie des écoles publiques, les forces de l’ordre ont procédé à l’interpellation de deux syndicalistes emblématiques. Après Marcel Libama, figure du collectif SOS Éducation, arrêté lundi, c’est au tour de Simon Ndong Edzo, surnommé le « Ché Guevara » du secteur, d’être appréhendé ce mardi 20 janvier à son domicile. Les autorités invoquent des infractions précises au Code du travail et pénal, tandis que les soutiens dénoncent une criminalisation de l’action syndicale.


Le paysage syndical gabonais est sous tension. L’interpellation de Marcel Libama lundi après-midi, suivie de celle de Simon Ndong Edzo ce mardi matin à Awoungou, dessine un schéma qui dépasse la simple coïncidence pour beaucoup d’observateurs. Les deux hommes, connus pour leur engagement véhément aux côtés du collectif SOS Éducation, sont désormais dans le viseur de la justice dans le cadre d’une crise éducative sans résolution immédiate.
Simon Ndong Edzo, dont le surnom « Ché Guevara » témoigne de sa posture de lutte inflexible, a été interpellé à son domicile. Si les motifs précis de son arrestation n’ont pas été officiellement détaillés dans l’immédiat, le contexte semble identique à celui de Marcel Libama : des actions menées dans le cadre du mouvement de grève actuel.
Les accusations officielles : dépassement du cadre syndical ?
Selon des sources judiciaires et institutionnelles sollicitées, les interpellations ne viseraient pas les opinions ou revendications syndicales, mais des actes constitutifs d’infractions. Dans le cas de Marcel Libama, il est reproché des faits « matériellement constatés » d’obstruction à l’accès à un établissement public et d’entrave à la liberté du travail, des délits prévus par le Code du travail et le Code pénal.
Les autorités insistent sur une séparation nette : le droit de grève est constitutionnel, mais son exercice rencontre des limites légales. « La loi interdit toute forme d’obstruction à l’accès aux lieux de travail ou les pressions sur des agents non-grévistes », rappelle une source judiciaire. Un élément aggravant est avancé pour M. Libama : son statut de retraité de la fonction publique lui retirerait, selon l’administration, la qualité légale pour intervenir à l’intérieur d’un service en activité.
Concernant Simon Ndong Edzo, une attente similaire de précisions juridiques est de mise, mais son profil militant laisse présager des accusations analogues.
Réactions et défense : la mobilisation monte en ligne
Face à ces arrestations, la toile s’embrase. Des voix, notamment sur les réseaux sociaux, dénoncent une tentative d’intimidation visant à étouffer la contestation. Les soutiens brandissent la Constitution de 2024, et notamment son article 23 garantissant la liberté d’association et le droit de grève « sans distinction de statut ».
« La Constitution garantit nos droits, qu’on soit retraité ou non. Il faut libérer ces messieurs ! », peut-on lire dans une publication devenue virale, reflétant une partie de l’opinion qui perçoit ces interpellations comme une réponse politique à un mouvement social.
Un contexte explosif : l’Éducation nationale en souffrance
Ces événements judiciaires surviennent alors que le secteur éducatif gabonais traverse une crise profonde. Un mouvement de grève, dont la durée et l’ampleur varient selon les établissements, perturbe le fonctionnement des écoles publiques depuis des semaines. Les négociations entre syndicats et gouvernement semblent dans l’impasse, alimentant un climat de frustration aussi bien chez les enseignants que chez les parents d’élèves.
L’interpellation de figures aussi visibles que Libama et « le Ché Guevara » Ndong Edzo risque d’attiser les braises d’un conflit social déjà complexe, en transformant potentiellement les leaders syndicaux en symboles d’une répression perçue.
La suite : entre procédure judiciaire et implications politiques
Les autorités judiciaires contactées affirment qu’aucune instruction politique n’a été donnée dans ces dossiers, arguant d’une application stricte des textes. L’affaire suit désormais son cours légal. La balle est dans le camp du parquet, qui devra préciser les charges et éventuellement prononcer des mises en examen.
En attendant, la question centrale demeure : où s’arrête l’action syndicale légitime et où commence l’infraction pénale ? La réponse des tribunaux sera scrutée à la loupe, non seulement par la communauté éducative, mais par tous les acteurs de la vie démocratique gabonaise, dans un test délicat de l’équilibre entre ordre public et libertés fondamentales.



