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Gabon : Régies financières et dialogue social, la tutelle et les syndicats ouvrent un cadre de concertation permanent
Une première rencontre sous le signe de la « responsabilité » et de la « planification », où la tutelle a détaillé ses priorités de réforme et ses actions en cours, face à une intersyndicale attentive aux actes concrets.

En présence des partenaires sociaux du secteur, le ministre délégué à l’Économie, Marc Abegue en lieu et place du chef de département empêché , a lancé ce lundi le cadre de dialogue exigé par le Président Oligui Nguema. Entre l’énoncé d’un vaste programme de réformes structurelles et la gestion des attentes sociales, les bases d’une négociation complexe et suivie ont été posées.

Conformément aux instructions du Président de la République, chef de l’État et du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministre délégué à l’Économie et aux Finances, Marc Abegue, a officiellement inauguré ce lundi 2 février 2026 un cadre de « dialogue permanent » avec les syndicats des régies financières. Cette rencontre historique avec l’Intersyndicale des Régies Financières et Administrations Assimilées (IRFAA) marque un tournant dans la gestion du dialogue social au sein de ce ministère clé.
D’emblée, le ministre a fixé le ton souhaité pour ces échanges : « Ce dialogue, je souhaite qu’il se déroule dans un climat de paix, de confiance mutuelle, de respect. Notre objectif commun doit être celui d’apporter des solutions pérennes et adaptées aux préoccupations des agents de nos administrations. »
Le vaste agenda des réformes du ministère
Face aux partenaires sociaux, Marc Abegue a détaillé la « feuille de route » du ministère, une liste ambitieuse de priorités où la rigueur budgétaire côtoie les préoccupations sociales. Il a notamment cité :
La stabilité économique et financière de l’État ; la gestion rigoureuse des finances publiques et de la Dette. La lutte contre la vie chère et la protection du pouvoir d’achat dont la mise en place de la Centrale d’achat du Gabon constitue un impératif majeur. L’octroi des marchés publics dont les seuils n’excèdent pas 150 millions de FCFA. Enfin, apporter notre contribution à la régularisation des situations administratives.
Le ministre a également mis en avant une réforme majeure en cours : le déploiement du Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFiP), en partenariat avec le ministère de l’Économie numérique, destiné à améliorer « la transparence et l’efficacité de la dépense ».
Toutefois, il a tempéré les attentes en rappelant une réalité contraignante : « La mise en œuvre de ces réformes nécessite l’implication effective de tous et du temps de maturation. (…) aucune action publique, aucune réforme ne saurait prospérer sans un climat de paix et de sérénité. » Un appel au réalisme et à la patience qui a immédiatement cadré les négociations.
Les revendications syndicales mises sur la table
Le ministre a reconnu la légitimité des préoccupations syndicales, énumérant lui-même les principaux points à l’ordre du jour du futur dialogue formel :
« Les régularisations des situations administratives ; les recrutements ; les rappels de solde ; la Prime à la Performance Budgétaire ; les conditions de vie et de travail. »
Sur le dossier épineux des régularisations, M. Abegue a apporté des éléments concrets, annonçant que 2495 agents avaient déjà été concernés par des mesures d’intégration, de titularisation, d’avancement ou de reclassement. Il a également indiqué que les modalités d’un concours professionnel pour « les agents de plus de 50 ans » étaient en cours de finalisation.
Concernant les rappels de solde, une question financièrement lourde, il a assuré que « le Gouvernement a déjà payé des tranches sur les premiers 100 milliards. Les modalités de paiement de la 3ème sont en cours d’examen. », invitant les syndicats à encourager leurs adhérents à déposer leurs dossiers.
En réponse à cette longue présentation, Judicaël Mbadinga, Président de l’IRFAA, a salué l’initiative. « Nous accueillons favorablement l’ouverture de ce cadre de concertation, qui correspond à une demande ancienne de nos organisations. La volonté de dialogue exprimée par le ministre est un premier pas important », a-t-il réagi.
Tout en reconnaissant les avancées présentées, notamment sur les régularisations, le leader syndical a tenu à rappeler l’attente fondamentale de ses troupes : « Les chiffres annoncés sont notés, mais ils doivent s’inscrire dans une trajectoire claire et accélérée vers la satisfaction totale de nos revendications. Le dialogue n’a de valeur que s’il débouche sur des engagements datés et tenus, notamment sur les rappels de solde, les recrutements et l’amélioration des conditions de travail. La patience des agents a des limites. »
Cette première rencontre inaugure moins une ère de consensus facile qu’une négociation structurée sous haute tension. D’un côté, le ministère, porteur d’un agenda de réformes structurelles exigeant de la stabilité et du temps, avance des mesures concrètes mais les inscrit dans un cadre budgétaire contraint. Il mise sur un dialogue « apaisé » pour construire une adhésion minimale à ses politiques.
De l’autre, l’IRFAA, forte de revendications légitimes et accumulées, voit dans ce cadre une opportunité historique de les faire aboutir. Son accueil positif est donc stratégique, mais son adhésion future sera conditionnée à des résultats tangibles et rapides.
La suite des événements dépendra de la capacité du ministère à transformer les promesses de régularisation et de paiement en réalisations visibles, et de la capacité des syndicats à maintenir une pression constructive sans rompre le « climat de sérénité » invoqué par la tutelle. L’équilibre est fragile, mais pour la première fois, un canal de discussion officiel et permanent est établi. Son efficacité sera jugée à l’aune des prochains arbitrages budgétaires et des prochaines annonces concrètes.



