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Crise éducative au Gabon : le Président Oligui Nguema en visite symbolique sur un chantier scolaire

Alors que les lycées publics sont paralysés par une grève depuis fin décembre, le chef de l’État a inspecté l’avancement de logements pour enseignants, un geste perçu comme une réponse aux tensions.

Dans un climat de forte tension au sein de l’Éducation nationale, le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est rendu ce lundi au Lycée Technique National Omar Bongo. Cette visite, présentée comme un acte de suivi des infrastructures, intervient alors que le mouvement « Sos éducation » maintient la pression pour obtenir le règlement de ses revendications sociales et financières.
Ce lundi 9 février 2026, au petit matin, le Président Oligui Nguema a assisté à la cérémonie de levée des couleurs au prestigieux Lycée Technique National Omar Bongo. Mais au-delà du symbole patriotique, l’objet réel de sa visite était tourné vers une promesse concrète : l’avancement des travaux de construction de 24 logements destinés aux enseignants de l’établissement.
Accompagné du ministre de l’Éducation nationale et des responsables en charge des infrastructures scolaires, le chef de l’État a parcouru le chantier, évaluant à 60% le taux de réalisation. Les autorités ont présenté cette initiative comme la preuve tangible de leur « volonté constante de renforcer les infrastructures scolaires et d’améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants, piliers de l’éducation nationale ».
 
Un contexte explosif
Cette démonstration d’intérêt du pouvoir pour le cadre de vie des enseignants contraste vivement avec la réalité du terrain. Depuis la fin du mois de décembre, la grande majorité des établissements publics du secondaire sont en effet paralysés par un mouvement de grève illimitée. Le collectif « Sos éducation », fer de lance du mouvement, exige des arriérés de salaires (les fameux « rappels soldes »), la régularisation des situations administratives et financières de centaines d’enseignants contractuels ou titularisés de manière incomplète, ainsi qu’une revalorisation générale de leurs conditions de service.
 
Face à cette crise, qui prive des milliers d’élèves de cours depuis plus d’un mois, la communication présidentielle semble vouloir jouer sur deux tableaux : afficher une action concrète et à long terme (les logements) tout en apaisant le mécontentement immédiat.
 
Un dossier « en voie de règlement » ?
 
Interrogés en marge de la visite, des conseillers du ministère de l’Éducation ont répété l’optimisme affiché ces derniers jours par le gouvernement. Ils assurent que le dossier des revendications est « en voie de règlement » et misent sur une « reprise progressive des cours » en cours. Des réunions techniques seraient effectives pour débloquer les paiements et régulariser les situations les plus critiques.
 
Cependant, du côté de « Sos éducation », la prudence reste de mise. « Nous attendons des actes, pas seulement des visites de chantier ou des promesses », a réagi sous couvert d’anonymat un membre influent du mouvement. « Nos revendications sont claires, précises et urgentes. La construction de logements, si elle est nécessaire, ne résoudra pas les problèmes de salaire de ce mois-ci. »
 
Une visite à haute portée politique
 
Pour les observateurs politiques, cette sortie du Président Oligui Nguema dans une école n’est pas anodine. Elle vise à redorer l’image d’une autorité soucieuse du social et de l’avenir de la jeunesse, dans un secteur clé où la colère est profonde. En se présentant comme le garant des investissements dans l’éducation, le chef de l’État tente de désamorcer la critique et de repositionner le débat sur le terrain du développement infrastructurel plutôt que sur celui du conflit social immédiat.
 
Reste à savoir si cette stratégie de communication, couplée aux négociations techniques en coulisses, suffira à convaincre les enseignants grévistes de déposer les armes et à permettre aux élèves de retrouver le chemin des salles de classe. Les prochains jours seront décisifs pour l’avenir de l’année scolaire et pour mesurer la capacité du pouvoir en place à répondre efficacement à une crise sociale d’ampleur.

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