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Charpentiers cherchent front : comment Moscou recrute au Cameroun (et pourquoi ça tourne au drame)

Ils cherchaient du bois, ils ont trouvé la guerre. Sur les réseaux sociaux, une annonce alléchante promettait monts et merveilles à de jeunes Camerounais : 1 200 dollars par mois, logement gratuit, deux repas par jour. Le hic ? Le numéro de contact est en Russie et le vrai poste à pourvoir n’a rien à voir avec la menuiserie.
Bienvenue dans le nouvel âge d’or du recrutement 2.0 version Wagner & Co. Le collectif All Eyes on Wagner vient de sortir son rapport, et le constat est cinglant : le Cameroun est devenu le réservoir à viande fraîche préféré de l’armée russe en Ukraine. Sur la liste de 1 417 contractuels africains, 335 viennent du Cameroun. Une médaille d’argent du départ, mais hélas, une médaille d’or bien plus sombre : celle du nombre de morts. Avec 94 décès recensés, près d’un combattant camerounais sur trois ne reviendra pas.
 
« Salaire de départ : 1 200 dollars » (et une case en première ligne)
 
L’offre à tout du mirage parfait. Des photos d’hommes blancs souriants, une entreprise russe au nom mystérieux, et des promesses de logement gratuit. Pour qui ? Des charpentiers camerounais. Forcément. On se demande si les recruteurs ont juste oublié de préciser que le bois à raboter se trouve en première ligne, sous les bombes.
 
Mais quand on a 20 ans, un bébé de deux mois, des parents malades à charge et aucun horizon à Douala, on ne fait pas la fine bouche. C’est le drame de Joël, géomètre, parti de l’autre côté du monde pour subvenir aux besoins de sa famille. Disparu quelques semaines après son atterrissage en terre promise. Son rêve d’avenir s’est éteint dans les plaines gelées d’Ukraine.
 
Des militaires aux drones, la filière ne connaît pas la crise
 
Le système est bien huilé. Comptez moins d’un mois pour obtenir un visa auprès des multiples agences qui pullulent au Cameroun. Des influenceurs vantent sur TikTok les mérites de programmes comme Alabuga Start, qui promettait à de jeunes femmes un job dans une usine de drones en Russie. Cela signifie  : participer à l’effort de guerre.
 
Et que dire des militaires camerounais, prêts à décupler une solde famélique ? En mars 2025, l’armée a bien tenté de mettre les points sur les « i » en interdisant les départs sans autorisation. Mais l’appel du dollar est plus fort que le règlement.
 
L’État camerounais entre deux chaises
 
Jusqu’ici, le gouvernement a fait le mort. Une source proche du pouvoir admet que « détecter les réseaux n’est pas chose aisée ». Autrement dit:  on sait, mais on ne sait pas comment dire qu’on sait. La même source promet que le rapport va être « exploité », mais en bons diplomates, on rassure : « Ça se réglera entre États, pas dans les médias. »
 
En attendant, des familles entières restent sans nouvelles de leur fils, englouties par le silence radio. Et les « charpentiers » continuent de s’envoler, par lots, vers ce qui pourrait bien être leur dernier chantier.

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