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Crise scolaire au Gabon : 610 régularisations pour 27 000 cas, le compte n’y est pas

Alors que le gouvernement accuse les enseignants de bloquer le système éducatif, les chiffres officiels publiés par le ministère de l’Éducation nationale racontent une tout autre histoire. Entre promesses d’hier et réalités d’aujourd’hui, le fossé se creuse dangereusement, et la colère gagne désormais tous les échelons de la hiérarchie scolaire.
Les chiffres sont tombés. Ils sont froids, précis, et pour beaucoup, consternants. Alors que l’on recense près de 27 000 situations administratives en souffrance au sein de l’éducation nationale, le gouvernement n’en a réglé que 610. C’est le maigre bilan que l’on peut tirer des dernières listes publiées par le ministère de la fonction publique : 470 titularisations et 140 avancements automatiques, auxquels s’ajoutent 45 sortants d’école maintenus au pré-salaire .
 
Face à l’ampleur de la crise, la pilule a du mal à passer. Pour une corporation qui attend parfois des années une revalorisation ou une intégration, cette poignée de mesures apparaît comme une provocation. Pire, elle alimente le sentiment que l’exécutif cherche davantage à gérer la communication qu’à résoudre le fond du problème.
 
« Le gouvernement a menti au peuple » : la charge de Nestor Abogue
 
Sur les réseaux sociaux, la profession, d’ordinaire réservée, sort de ses gonds. Dans une publication qui a enflammé la toile, Nestor Abogue, enseignant de lycées et collèges et figure du mouvement de contestation, a livré une analyse cinglante de la situation.
 
« Au regard de la lecture des listes publiées par le ministère de l’Éducation nationale, toute personne de bonne foi peut désormais constater la réalité. À ceux qui passent leur temps à vilipender et à accuser les enseignants, les faits sont là, visibles et vérifiables. La grève n’est pas entretenue par les enseignants, mais bien par le gouvernement, qui refuse d’apporter une solution définitive et globale au problème », écrit-il.
 
M. Abogue enfonce le clou en dénonçant une communication qu’il juge trompeuse : « Face à près de 27 000 situations administratives, le gouvernement n’en règle que 610, puis ose affirmer avoir fait un travail conséquent et accuse les enseignants de refuser de reprendre les cours. C’est grave. Très grave. »
 
Selon lui, la grogne ne se limite plus aux salles de classe. « Aujourd’hui, la grogne ne concerne plus seulement les enseignants. Les inspecteurs et les conseillers pédagogiques eux-mêmes ne s’y retrouvent pas. » Une déclaration qui met en lumière les fissures au sein même de l’appareil éducatif.
 
Sa conclusion est sans appel : « Le gouvernement a menti au peuple gabonais sur sa prétendue volonté de résoudre durablement la crise de l’éducation. Les enseignants ne réclament pas de privilèges. Ils réclament simplement leurs droits. »
 
La promesse du 25 février déjà caduque ?
 
Pourtant, le gouvernement avait pris l’engagement solennel de rendre effectif l’effet solde des enseignants dès le 25 février 2026 . Une annonce qui avait suscité un mince espoir, vite douché par les dernières déclarations officielles.
 
Dimanche 23 février sur les antennes de Gabon 1ère , la ministre de la Fonction publique, Laurence Ndong, a jeté un froid. Invoquant des « raisons techniques », elle a expliqué l’incapacité du gouvernement à tenir ses promesses dans les délais impartis. Un revirement qui semble donner raison aux plus sceptiques et conforte l’idée d’un exécutif aux abois, naviguant à vue.
 
Un avenir éducatif en suspens
 
Alors que les parents d’élèves craignent une année blanche et que les syndicats durcissent le ton, une question taraude les esprits : comment le pays peut-il négliger son éducation à ce point ? 
 
Entre les accusations de mensonge, les promesses non tenues et une administration qui patine, la confiance est rompue. Pour les enseignants, le nouveau calendrier scolaire s’annonce plus que jamais sous haute tension.

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