
Ils sont 148, ils ont attendu, râlé, manifesté leur incompréhension. Et ce mercredi 25 février 2026, ils ont enfin obtenu gain de cause. Mais attention
ce n’est pas du cash, comme pour leurs collègues fonctionnaires. Non. Ces jeunes professeurs auront le privilège de découvrir le charme désuet du « bon de caisse », cette invention administrative qui permet à l’État de payer sans avoir l’air de payer.
Le retour gagnant du bon de caisse

On le croyait disparu avec les années 90 et ses files d’attente interminables devant les trésoreries. Il revient en grâce ! Laurence Ndong, ministre de la Fonction publique, a sorti de sa manche cette solution miracle après avoir avoué, la mine contrite, qu’un petit « problème technique » empêchait l’intégration immédiate des 148 sortants-écoles sur la solde informatique.
Traduisons : l’ordinateur a dit non, mais la machine à cash (manuelle) peut encore fonctionner.
Février en bons, mars en rêve
Le scénario est désormais rodé : les enseignants percevront leur salaire de février en main propre, sous forme de ces fameux bouts de papier échangeables contre des billets. Et pour mars ? « Ils seront rémunérés comme tous les fonctionnaires », promet-on au ministère. Autrement dit : plus jamais ça. En théorie.
Une promesse qui a le mérite d’apaiser, pour l’instant, les esprits échauffés de la plateforme SOS Éducation. Ces derniers rappelaient pourtant avec insistance que l’intégration des nouveaux profs figurait noir sur blanc dans le protocole de sortie de crise. Un détail, semble-t-il.
La double peine du jeune prof
Le tableau a de quoi faire sourire, amèrement. Ces 148 agents publics, déjà affectés dans les classes, parfois depuis des semaines, ont découvert que l’Éducation nationale avait oublié de les inscrire sur la liste des vivants payables par l’ordinateur central. Heureusement, il reste la solution « Grand Livre » et le stylo à bille pour sauver les meubles.
Reste une question lancinante : pourquoi faut-il toujours qu’une « solution transitoire » vienne sauver ce qui aurait dû être réglé en temps et en heure ?
L’administration et ses petites musiques
Ce paiement en urgence a au moins un mérite : il évite que le secteur éducatif, véritable poudrière sociale, ne s’embrase une nouvelle fois. Entre les affectations fantômes, les carrières qui stagnent et les salaires qui jouent à cache-cache, les enseignants gabonais sont devenus des experts en patience.
Pour l’instant, les 148 chanceux pourront donc toucher leur dû, en main propre, comme au marché. La normalisation numérique, elle, est promise pour mars. Mais dans un pays où l’administration a le sens de la dramaturgie, on se permettra d’attendre de voir pour y croire.
Prochain épisode : la régularisation. Ou pas.



