Ce samedi 7 mars 2026, l’Institut français du Gabon va trembler sur ses bases : Bessora, l’écrivaine aux racines tentaculaires, pose ses valises à Libreville avec sous le bras l’un des pavés les plus déjantés de la littérature africaine contemporaine. Une fresque où le Gabon du XIXème croise l’Amérique esclavagiste, où les ancêtres reviennent vous tanner le cuir, et où chaque page vous assène cette brûlante question : « Hériter de qui, déjà, et pour quel intérêt ? » Entrée libre. Aucune excuse pour rater ce bordel génétique.
Samedi 7 mars, la Médiathèque de l’IFG accueille l’une des plumes les plus décalées du continent. Bessora, franco-gabono-suisse-etc., débarque pour présenter « Vous, les ancêtres », premier tome d’une tétralogie qu’elle écrit à l’envers, comme si le temps était une piste de danse.

Elle porte plusieurs noms, plusieurs valises, plusieurs bagages. Bessora (de son vrai nom Sandrine Bessora Nan Nguéma) est la fille de Marc Saturnin Nan Nguéma, ancien grand manitou de l’OPEP, et d’une mère suisse. De ce cocktail génétique, elle a tiré une boussole littéraire qui affole tout le monde : une écriture cosmopolite, hantée par la filiation, l’identité et la mémoire coloniale. Bref, le programme idéal pour un samedi après-midi à Libreville.
Une saga qui traverse les époques sans ticket de métro
Au menu : « Vous, les ancêtres » (JC Lattès, 2023), premier tome d’une saga intitulée « La Dynastie des boiteux ». Une dynastie que Bessora construit à l’envers depuis 2018, en commençant par les tomes IV et III, « Zoonomia » et « Citizen Narcisse », avant de remonter aux origines. Pourquoi commencer par la fin ? Parce que.
L’histoire démarre en 1684, en Cornouailles. Jane, accusée de vol, est déportée aux Amériques avec une Bible et un narcisse collé à la peau. Boiteuse, affranchie, mère malgré elle d’une lignée de traîne-savates, elle est le point de départ d’un roman-fleuve qui traverse trois siècles, plusieurs continents et autant de crises de nerfs. Car les boiteux de Bessora ne sont pas de simples infirmes : ils traversent les époques comme on traverse un boulevard, condamnés à hanter leurs descendants jusqu’à ce que ces derniers consultent un bon psy.
Le Gabon, décor de brousse et d’ancêtres
C’est là qu’intervient le Gabon, évidemment. Dans « Zoonomia », Bessora convoque Paul Belloni du Chaillu, ce célèbre naturaliste qui explora le Gabon de 1855 à 1859 et donna son nom au massif du Chaillu (merci pour le cadeau). Chez Bessora, Du Chaillu devient Johann, un bâtard métis en quête de gorilles et d’identité. Pour ce portrait, l’auteure a fouillé les sources primaires, épluché les récits d’époque, reconstituant le Gabon du XIXème siècle avec une rigueur d’archiviste et un culot de romancière.
Le paradoxe de Bessora ? Elle cumule plus d’une dizaine de romans, un prix Félix Fénéon 2001, et une œuvre où l’Histoire sert de décor à des questions profondément intimes du genre : « De qui je suis, moi ? » ou « Comment me libérer de vous, les ancêtres ? » Des questions que Johann murmure au fil des pages, et que Bessora posera à voix haute, samedi, à l’IFG.
Samedi, on boite ensemble
Alors, si vous voulez comprendre comment une boiteuse du XVIIème peut encore vous faire flipper aujourd’hui, si vous êtes curieux de savoir ce qu’un naturaliste franco-américain vient foutre dans une saga gabonaise, ou si vous voulez juste voir à quoi ressemble une écrivaine qui mélange l’OPEP, la Suisse et les ancêtres dans un même shaker, rendez-vous samedi à l’IFG.
Entrée libre. Aucune excuse. Et si vous n’y allez pas, les ancêtres viendront vous voir. Boiteux, évidemment.
La Rédaction



