
C’est dans l’antre mythique (et un brin vétuste) du complexe sportif du Lycée Technique National Omar Bongo que le Ragon Boxing Omnisports a lancé les hostilités de sa nouvelle saison. Un lancement en grande pompe, marqué par un stage de « dégraissage » général qui a réuni pas moins de 40 athlètes. L’objectif affiché : remettre de l’ordre dans les physiques relâchés par les vacances et ranimer la flamme d’une discipline qui tentait désespérément de sortir de sa sieste.


Dans une odeur de crêpe sueur et de camphre, les gants ont claqué (parfois à côté de la cible) et les appuis ont travaillé (pas toujours d’aplomb). Pour cette rentrée placée sous le signe du « faut pas traîner », le club a sorti le carnet d’adresses et convié quelques légendes locales. Objectif : faire croire aux petits nouveaux qu’ils vont devenir des champions.
« On vous a ramené nos vieux trophées pour vous motiver »


Parmi les anciens combattants venus ressusciter leur gloire passée, on retrouvait Judicaël Boucka, kick-boxeur au palmarès si long qu’il a fallu deux pages A4 pour l’inscrire sur son CV. Double vice-champion d’Afrique et multiple champion du Gabon, l’homme a posé son sac et son regard d’acier sur la jeune génération, pas mécontent de pouvoir raconter ses exploits à un public captif.
« Franchement, ils sont gentils mais ils sont rouillés, hein. Pas un n’a son cardio. C’est pour ça que c’est important que je sois là : pour leur rappeler qu’avant d’être champion, il faut d’abord arrêter de fumer devant les vestiaires. Moi, j’ai appris avec le grand Boudha CARDOT, paix à son âme. C’est un devoir de mémoire de venir les embêter avec les mêmes exercices que lui nous faisait faire. »
Cette présence de « pontes » du ring a visiblement ému la direction technique, qui n’a pas manqué de se prendre en photo avec eux pour les réseaux sociaux. André Nguema A., Directeur Technique du club, confiait, la larme à l’œil (et un peu de fierté) :
« Ça me fout la chair de poule de voir que tous ces anciens ont accepté de poser avec nos maillots. Savoir qu’ils ont délaissé leur canapé et leur télé pour venir montrer à ces gamins comment ne pas se prendre un uppercut, c’est juste énorme. Ça prouve que la famille du kick-boxing est comme une bonne vieille sœur : elle est toujours là pour te demander pourquoi t’as grossi pendant l’été. »
Des techniques de ouf et un rêve de maillot jaune (ou bleu, on ne sait pas encore)
Pendant trois jours, sous les ordres gutturaux des formateurs, les 40 gaillards ont enchaîné les pompes, les squats et les simulacres de combat. On a beaucoup travaillé le placement : celui du pied pour frapper, et celui du regard pour avoir l’air méchant. La méthode, un savant mélange de drill militaire et de cours de yoga, a poussé chacun à se demander pourquoi il s’était levé si tôt un samedi.
Parmi les stagiaires, Orphelia, une frêle jeune femme au regard déterminé, buvait les paroles des anciens comme si c’était du jus de gingembre. Pour elle, ce stage était une sorte de Woodstock du poing.
« J’ai appris des techniques de ouf, je ne savais même pas qu’on pouvait tourner le pied comme ça. C’est trop bien que les maîtres soient venus. Leur niveau, c’est la classe. Maintenant, mon rêve, c’est d’être repérée pour l’équipe nationale. Paraît qu’ils cherchent des gens qui savent frapper sans tomber. Je coche la case ‘sait frapper’. La case ‘pas tomber’, on verra plus tard. »
Un avenir radieux… dès qu’on aura une salle, un ring et un peu de thune
Ce lancement de saison tombe à pic. Alors que le kick-boxing local végète doucement entre deux combats de coqs, le Ragon Boxing tente de maintenir la flamme avec une bougie et un peu d’essence. Mais il faut être honnête : le chemin est aussi long qu’un combat de 15 rounds sans eau dans la bouteille. Manque de subventions, infrastructures inexistantes ou compétitions fantômes sont les sparring-partners quotidiens du club.
Mais qu’importe ! L’énergie déployée lors de ce stage (et les courbatures qui vont avec) prouve que l’envie est là. En capitalisant sur la nostalgie des anciens et la sueur des nouveaux, le Ragon Boxing Omnisports compte bien jouer les premiers rôles dans ce feuilleton de la reconstruction.
Le stage s’est achevé comme il se doit : par une cérémonie où l’on a distribué des certificats de participation à tout le monde. Parce qu’après trois jours à souffrir, un bout de papier avec un logo, c’est toujours mieux qu’un bleu.



