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Congo-Brazzaville : La présidentielle version « un seul élu et toi » entre dans sa phase décisive

Brazzaville, le grand final avant le grand saut. Suspendue 48 heures pour permettre aux militaires de glisser leur bulletin (eux qui auront la lourde tâche de surveiller les bureaux de vote dimanche), la campagne pour l’élection présidentielle reprend son cours… très tranquille. Deux semaines que ça dure, et le constat est aussi clair qu’un ciel de saison sèche : le match est plié. Ou comme le dit joliment Parfait, un conducteur de minibus au quartier Ouenzé, la campagne est carrément « déséquilibrée ». Traduction : sur les affiches, c’est un peu la collection « Les 101 Dalmatiens » version politique. Un seul maître, et les autres, on cherche encore où ils sont planqués. « Il n’y a qu’un seul candidat qui s’affiche vraiment », souffle-t-il, philosophe, depuis son véhicule. Les six autres? Peut-être qu’ils ont eu une promo sur les encarts publicitaires trop chers.


Face au rouleau compresseur, l’opposition joue les fantômes. Et pour cause : leurs meilleurs éléments sont soit en prison (André Okombi Salissa, 10 ans déjà, le temps passe vite), soit dans les cieux (Guy Brice Parfait Kolelas, disparu en 2021), soit ils ont sagement déclaré forfait, comme le Pasteur Ntumi. Même le « président de l’opposition » officiel a préféré rester chez lui à regarder la télé. Du coup, le casting de dimanche a un petit goût de réchauffé : six candidats, certes, mais dont la principale ambition semble être de décrocher une petite notoriété pour les prochaines élections… dans cinq ans. « C’est de l’arnaque », tempête d’ailleurs un habitant de Bacongo, qui a déjà prévu de consacrer son dimanche à autre chose (la sieste, sans doute). Un étudiant rencontré par hasard résume parfaitement l’ambiance : « À part notre candidat Denis Sassou-Nguesso, il n’y a personne d’autre. » Voilà, c’est dit, on peut ranger les panneaux électoraux.
La grande machine à légitimer le vote
Pendant ce temps, dans le camp du président-candidat, c’est l’effervescence des grands jours. On mobilise les troupes, on aligne les enfants et les amis, on fait des grands discours sur la « stabilité » et la « paix ». Un vrai ballet bien rodé pour convaincre les électeurs de ne pas faire la grasse matinée. Car oui, le vrai suspens de cette élection n’est pas de savoir qui gagnera (indice : ça commence par D et finit par ISSOU-NGUESSO), mais bien de savoir combien de personnes feront l’effort de se déplacer. L’abstention, cette grande ennemie de la légitimité. Il faut remplir les urnes pour que le score soit beau et que la victoire soit éclatante. On sort donc les mots magiques : « paix », « sécurité », « stabilité ». Un vocabulaire soigneusement choisi pour faire oublier les petits tracas du quotidien, comme le prix de la baguette, les coupures d’électricité ou ce satané trou d’eau devant chez soi. Les six autres candidats, eux, tentent timidement de parler de tout ça. Mais dans un pays pétrolier endetté jusqu’au cou, ces détails semblent presque déplacés face au message rassurant du grand ordonnateur.
En résumé : Dimanche, les Congolais sont invités à une grande représentation théâtrale. La pièce s’intitule « Le Retour du Roi », et elle est jouée à guichets fermés. Le seul vrai suspens sera de compter les spectateurs.



