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Guinée Conakry: Toumba Diakité meurt en détention après des semaines de douleurs

Il avait été évacué en urgence. Deux jours plus tard, le visage le plus sulfureux du massacre du 28 septembre 2009 n’est plus. Aboubacar Diakité, dit Toumba, s’est éteint à l’aube ce mercredi 25 mars à l’hôpital militaire de Conakry. Récit d’une fin sous haute tension.
C’est une affaire qui ne cesse de secouer la Guinée, même après la condamnation. Le Commandant Aboubacar Diakité, figure-clé du putsch manqué et symbole des exactions du stade de Conakry, est mort derrière les barreaux. Il avait 10 ans de prison à purger pour crimes contre l’humanité. La prison, elle, ne l’aura finalement pas gardé longtemps.

L’alerte est donnée dans la soirée du 23 mars. À la Maison d’arrêt de Coyah, Toumba fait un malaise. Évacuation immédiate, sirènes hurlantes, direction l’Hôpital Militaire du Camp Samory Touré. Les médecins le placent en soins intensifs. Verdict : une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée.
Malgré la prise en charge, son état se dégrade. Ce mercredi, à 04h35, l’ancien militaire rend son dernier souffle. La Direction Nationale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion (DNAPR) confirme : le tableau clinique était déjà sévère, et son corps n’a pas tenu.
Mais les signes avant-coureurs ne manquaient pas. Trois semaines plus tôt, le 4 mars, un rapport médical du CHU Ignace Deen, signé par le Professeur Houssein Fofana et le cardiologue Elhadj Yaya Baldé, avait déjà tiré la sonnette d’alarme. On y parlait d’une tuméfaction épigastrique, de douleurs abdominales persistantes, de constipation chronique et de troubles du sommeil. Des signaux qui n’avaient, semble-t-il, pas permis d’éviter le pire.
Un décès qui intervient dans un climat carcéral déjà explosif.
Pour comprendre, il faut remonter à février 2026. Ce mois-là, les autorités pénitentiaires mènent une fouille inopinée à la Maison centrale de Conakry. Saisie : téléphones portables, substances psychotropes… et armes blanches. Saisies dans la cellule de Toumba. Selon le Parquet, l’ancien militaire aurait alors refusé de se soumettre aux agents et proféré des menaces. Conséquence immédiate : son transfert à la Maison d’arrêt de Coyah le 10 février. Un exil carcéral qui l’éloignait du centre, mais pas des ennuis de santé.
La DNAPR promet un rapport détaillé aux autorités judiciaires. Mais la mort de Toumba Diakité rouvre une plaie immense en Guinée.
Condamné en juillet 2024 pour son rôle central dans le massacre du 28 septembre 2009 — où des centaines de civils avaient été tués, violés et enterrés dans des fosses communes par des militaires dans le stade de Conakry —, Toumba restera comme l’un des visages les plus sombres de l’histoire récente du pays.
Sa mort en détention, sur fond d’alerte médicale ignorée et d’incarcération sous haute tension, ne manquera pas de relancer les interrogations. Jusqu’au bout, le parcours de cet homme aura été marqué par la violence, le fracas des armes… et une fin solitaire, à l’hôpital militaire, loin des projecteurs.



