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À Libreville, on remballe les écrans et on rouvre les livres : le salon jeunesse fait sa révolution pages après pages

TikTok, algorithmes et jeux violents ont-ils encore la mainmise sur les ados ? Pas si vite. Cette semaine, Libreville met les voiles sur le numérique et largue les amarres du côté de l’imagination. La deuxième édition du Salon international du livre jeunesse a posé ses valises pleines de rêves et de papiers. Sous le thème « Lire le monde de demain », on y redonne aux mots leur pouvoir d’évasion – et aux enfants le goût de décrocher la première place sans passer par un écran.
Au lieu d’un énième défilement vertical sans fin, place au feuilletage horizontal. Ici, pas de notifications intempestives ni de contenus taillés pour le choc – juste des pages qu’on tourne, des histoires qu’on invente, et des yeux qui s’allument autrement que par la lumière bleue. Bienvenue au Salon du livre jeunesse de Libreville, où l’on vient prouver qu’un enfant peut encore être premier de sa classe sans avoir le pouce vissé sur une manette.
 
Sylvie Ntsame, présidente de l’APLA et cheville ouvrière de ce rendez-vous culturel, ne mâche pas ses mots – ce qui est rarement le cas des grandes lectrices :
« Ce salon a pour objectif premier la promotion du livre. Parce que qui dit lecture dit réussite à l’école. Un enfant qui ne sait pas lire, on ne peut pas lui demander d’être premier. Il n’y a que ceux qui savent lire qui survolent les salles de classe. »
 
Dit comme ça, on repense soudain à tous ces devoirs qu’on a survolés… mais avec un livre, cette fois.
 
Dans le hall de la Chambre de commerce, ça bourdonne et ça sent le papier frais. Danielle Olivia Mpiga, des Éditions Cosmos (Cameroun), expose fièrement ses trésors. Elle n’est pas venue pour faire de la figuration :
 
« Les populations gabonaises peuvent découvrir nos produits, mais aussi entrer en contact avec nous pour savoir comment nous procédons jusqu’à la vente de nos produits. »
 
Traduction : venez, touchez, achetez – et repartez avec un bout d’Afrique à glisser dans votre sac.
Côté allées, une jeune Malienne attire l’œil. Kanouté Kadiatou, étudiante et exposante malgré elle ? Non, plutôt ambassadrice de choix. Elle présente les ouvrages de Kadiatou Konaré, écrivaine et ancienne ministre de la culture du Mali. Parmi les pépites : un livre sur… la gestion des rivalités dans les familles polygames. Sujet délicat, traité avec humour et finesse. Kadiatou en sourit :
 
« Il y a beaucoup de livres, comme Les grandes dates du Mali écrit par le père et la mère Konaré – l’ancien président que tout le monde connaît (rire). Il y a aussi Des veuves et des coépouses, parce que nous vivons dans une société qui engendre beaucoup de polygamie. Et dans ce livre, il y a beaucoup de choses qui peuvent nous aider à surmonter les rivalités et mieux les gérer. »
 
On parie que ce petit manuel de survie affective ferait un malheur en librairie, même en dehors des familles recomposées.
 
Invité d’honneur du salon, Sansy Kaba Diakité – fondateur des 72h du livre de Conakry – est venu en voisin bienveillant. Et autant dire qu’il repart avec des étoiles dans les yeux :
 
« Nous sommes à Libreville pour encourager le Gabon de demain. Lorsqu’on parle de littérature jeunesse, il s’agit de l’avenir de nos enfants. Bravo au comité d’organisation : j’ai vu des éditeurs venus de plusieurs pays, c’est véritablement un salon exceptionnel. »
 
Un avis qui pèse son poids de papier, surtout quand il vient d’un homme qui a fait de la lecture une fête de 72 heures non stop.
 
Une semaine pour lire le monde de demain
 
Et si finalement, la meilleure tablette restait un livre ouvert ? Pendant sept jours, Libreville mise sur l’imaginaire, la réflexion et ce petit plaisir simple : tourner une page sans avoir à cliquer sur « suivant ». 
Les écrans peuvent trembler. Le monde de demain, lui, se lit déjà entre des lignes – et sans piles.

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