
Alors que coupures d’électricité et pénuries d’eau se multiplient ces derniers mois dans la capitale gabonaise et ses périphéries, Libreville accueillait ce mardi la 10ᵉ édition du Marché africain de l’énergie. Ambition affichée : connecter 300 millions d’Africains d’ici 2030. Mais sur place, l’urgence du quotidien rappelle que le chemin vers l’accès universel reste semé d’embûches.
L’image est saisissante. À quelques encablures du Nomad Hôtel où se tenait le Marché africain de l’énergie, des quartiers entiers de Libreville connaissent encore des délestages à répétition. L’eau, elle aussi, manque régulièrement dans les robinets. Un paradoxe qui n’a pas échappé aux participants de ce rendez-vous stratégique, ouvert ce mardi sous le signe de l’urgence et de la coopération.

Pendant 48 heures, le gouvernement gabonais, la Banque africaine de développement et le Fonds pour l’énergie durable en Afrique se sont penchés sur un mécanisme censé accélérer l’électrification du continent. Leur cheval de bataille : transformer le « Pacte national pour l’énergie » en levier concret de la « Mission 300 », ce programme ambitieux porté par la Banque mondiale et d’autres partenaires pour raccorder 300 millions de foyers en Afrique subsaharienne d’ici 2030.
« L’énergie, moteur de croissance, pas un luxe »
Le ton est donné par Adrien Nguema Mba, ministre de l’Intérieur, qui représente le vice-président du gouvernement. Devant une assemblée attentive, il martèle :
« Pour le Gabon, l’énergie constitue un levier de service et un moteur de croissance économique essentielle pour une transformation industrielle que nous souhaitons de tous nos vœux. »
Une déclaration qui résonne particulièrement dans un pays où les infrastructures électriques vieillissantes peinent à suivre la demande. Les habitants le savent : sans électricité fiable, pas d’hôpitaux opérationnels la nuit, pas d’écoles numériques, pas de PME compétitives. Et sans eau potable en continu, pas de santé publique durable.
Un « arrimage » à trois vitesses
Le gouvernement gabonais ne part pas de zéro. Mais l’ambition dépasse largement les frontières nationales. Philippe Tonangoye, ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, insiste sur la nécessité d’une vision cohérente :
« Il faut qu’on s’assure que ce plan national énergétique s’arrime au projet de société du chef de l’État, au Plan national de croissance et de développement – la vision Gabon 2030 –, qu’il s’arrime à la Mission 300 de la Banque mondiale, et à la vision de l’Union africaine pour 2063. »
Trois niveaux d’alignement : national, continental et mondial. Un exercice d’équilibriste alors que les populations, elles, jugent sur le terrain. « On parle de 300 millions d’Africains, mais chez moi, on a parfois recours à la bougie et au forage », souffle un habitant du quartier Nzeng-Ayong, joint par téléphone.
De la promesse aux branchements : le vrai test
Le Marché africain de l’énergie se veut plus qu’une simple conférence. À Libreville, il se transforme en plateforme d’engagement. Les annonces doivent déboucher sur des branchements concrets, des centrales solaires ou hydroélectriques sorties de terre, des forages réhabilités.

Mais l’ombre de la crise actuelle plane. Les coupures d’électricité se sont intensifiées ces derniers mois au Gabon, en raison d’un déficit de maintenance et d’une sécheresse ayant affecté les barrages. Les coupures d’eau, souvent liées aux pannes des pompes, ont provoqué des manifestations de riverains. Dans ce contexte, les yeux sont tournés vers les décisions qui émergeront de ces 48 heures de réflexion
Reste une question : ce grand dessein continental saura-t-il répondre à l’impatience légitime des quartiers délaissés de Libreville ? Les prochains mois diront si la « Mission 300 » n’est pas qu’un slogan, mais un véritable tournant pour des millions de foyers, à commencer par ceux du pays hôte.



