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Prisons gabonaises : l’État face à son devoir de dignité

Alors que les prisons gabonaises étouffent sous le poids de la surpopulation et que les droits fondamentaux des détenus sont quotidiennement bafoués, la société civile refuse de se taire. Un énième atelier, organisé par les ONG SOS prisonniers et Agir Ensemble pour les droits humains, a servi de tribune pour lancer un cri d’alarme : il est temps que l’État assume ses responsabilités.
 
Financé par l’Union européenne dans le cadre du projet « Dignité en détention », cet atelier ne se contente pas de constats. Il vise à forger un plaidoyer capable de bousculer l’indifférence des décideurs. Car le diagnostic, lui, est sans appel : des établissements surpeuplés, des traitements inhumains et une administration pénitentiaire où les dossiers s’égarent dans l’oubli.
 
L’impuissance délibérée des ONG face à l’inaction de l’État
Lyvia Moussavou, Coordinatrice du Projet, pose un regard sans illusion sur les rapports de force. Son analyse est cinglante : « Notre plaidoyer s’adresse aux décideurs, seuls capables d’initier des changements significatifs. Les ONG, aussi engagées soient-elles, manquent de pouvoir régalien, qui appartient à l’État. » Un aveu qui sonne comme un réquisitoire. La balle est clairement dans le camp du gouvernement et du parlement, accusés de délaisser leur rôle premier : protéger les citoyens, y compris ceux derrière les barreaux.
 
Le plaidoyer attaque une faille béante du système : l’absence totale de politique de réinsertion. « Cette carence n’est pas anodine, » assène Mme Moussavou. « Elle entretient mécaniquement la surpopulation carcérale et le taux de récidive. L’État fabrique lui-même les conditions de son échec. » Une logique absurde où la prison, au lieu de préparer la réintégration, devient une école du crime.
 
Le témoignage vivant qui condamne le système
 
La voix la plus troublante est sans doute celle de Seramie Aubierge Mezui Mvoua, ancienne détenue devenue coordinatrice. Son parcours est une preuve vivante du potentiel gaspillé. Avoir obtenu son baccalauréat en prison est un exploit individuel qui souligne une carence collective criante : que fait l’État pour l’éducation, la formation, le parcours des détenus ? Son appel n’est pas une simple suggestion, mais une interpellation forte des autorités sur leur incurie.
 
Ce plaidoyer n’est pas une demande de faveur. C’est une exigence de justice. Il est le tremplin d’un sursaut nécessaire pour mettre fin à des souffrances qui souillent la dignité de la nation toute entière. La question n’est plus de savoir si les conditions sont mauvaises, mais combien de temps encore l’État gabonais choisira-t-il de les ignorer.

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