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Gabon-France : L’héritage concret de la visite d’Emmanuel Macron à Libreville

Libreville, le 25 novembre. L’Airbus présidentiel a décollé pour Luanda, mais l’empreinte de la visite d’État d’Emmanuel Macron reste bien tangible au Gabon. Loin du simple coup diplomatique, cette étape gabonaise aura été nécessaire pour sceller une alliance stratégique renouvelée et générer des retombées immédiates. Le message est clair : le partenariat avec Paris entre dans une ère d’exigence et de résultats.
Une nouvelle donne géopolitique actée
La visite répondait à une feuille de route précise : faire du Gabon un point d’appui fiable en Afrique centrale. La présidence gabonaise ne s’y est pas trompée, saluant une « dynamique politique profondément renouvelée » et un « dialogue désormais fondé sur des échanges d’égal à égal ». La vision du Président Brice Clotaire Oligui Nguema est ici incarnée : une relation qui assume une souveraineté retrouvée et exige une coopération pragmatique, loin des rapports de déférence du passé.
Des accords pour l’emploi et les infrastructures : le choc concret

Le cœur de la visite a battu au rythme de l’économie. Face aux contraintes budgétaires du Gabon, l’Élysée a déployé une stratégie de choc avec des engagements opérationnels directs : la réhabilitation du mythique transgabonais est désormais actée. Un projet structurant qui vise à fluidifier le transport des marchandises et des personnes, et à redynamiser les bassins économiques locaux. Le projet de la décharge de Mindoubé passera bientôt à la vitesse supérieure, adressant une préoccupation majeure des populations de Libreville. Enfin, avec 85 filiales françaises représentant plus de 12 000 emplois, le nouveau partenariat se veut responsable. L’accent est mis sur le transfert de compétences et la pérennisation des emplois locaux, une demande forte des autorités gabonaises.
La bonne gouvernance, pilier du nouveau partenariat
Le Président Oligui a porté un message fort : la lutte contre la corruption et la restitution des avoirs mal acquis sont non-négociables. Une exigence adressée à la fois à son administration et à la France, via une coopération judiciaire renforcée. Emmanuel Macron a surenchéri en s’engageant à mobiliser les outils juridiques et financiers pour que les décisions de justice aboutissent. Pour un État en quête de financements, cette alliance pour la transparence dans la gestion des contrats et des ressources est une retombée financière et de crédibilité à long terme.
Le virage industriel : sortir de la dépendance aux matières premières


La France s’engage comme partenaire technique et financier dans des filières stratégiques : la forêt et le bois pour passer de l’exportation de grumes à une transformation locale créatrice de valeur. Développer une industrialisation minière respectueuse des normes environnementales. Et structurer des écosystèmes industriels pour les PME gabonaises.
Ce tandem Gabon-France affiche un pragmatisme assumé : la France apporte son expertise et ses réseaux, le Gabon offre sa stabilité, sa volonté politique et ses matières premières. L’objectif est de réduire la dépendance aux exportations brutes et de créer une richesse partagée.
Un partenariat recalibré sur des bases pratiques
En quittant Libreville pour le sommet UE-UA, Emmanuel Macron laisse derrière lui plus que des promesses. Il valide un partenariat recalibré, porté par la vision d’un Président Oligui déterminé à négocier en partenaire exigeant. Les retombées se mesureront à l’aune des emplois créés, des infrastructures réhabilitées et de l’efficacité de la nouvelle coopération judiciaire. Le pari est désormais que cette « dynamique renouvelée » produise des résultats aussi concrets que les discours qui l’ont annoncée.



