
Alors que certains déballaient leurs cadeaux, Pascal Ogowé Sifon, l’ancien ministre du Tourisme, a reçu pour Noël un cadeau bien particulier : un mandat
de dépôt. À l’issue d’une audition fleuve de plus de vingt heures, la justice gabonaise a décidé de l’envoyer passer les fêtes à la prison centrale de Libreville, dite « Sans-Famille ». Un basculement théâtral pour un homme qui, jusqu’ici, semblait naviguer à l’abri des tempêtes judiciaires.
Accompagné de ses avocats et sous le regard d’une famille qui a veillé toute la nuit devant le Palais de justice, Sifon a quitté les lieux, jeudi après-midi, sous escorte. Avant de monter dans le véhicule, il aurait lancé à ses proches, résigné : « Je me suis battu jusqu’au bout… ça n’a pas marché. Soyez calmes. » Une phrase qui sonne comme un épilogue provisoire, dans une affaire qui semble n’avoir fait que commencer.
Des projets fantômes et des milliards volatilisés

Derrière cette décision, un dossier aussi tentaculaire que emblématique, où les promesses ambitieuses semblent s’être évaporées aussi vite que les fonds publics. Au cœur des investigations : le projet des six écolodges, présenté en grande pompe comme la future vitrine du tourisme durable gabonais. Résultat des courses ? Ni fondations, ni bâtiments, ni même un terrain aménagé. Seul vestige tangible : un trou béant dans les finances publiques.
Les enquêteurs se sont aussi penchés sur ce qu’ils appellent une « concentration inhabituelle des pouvoirs financiers » au sein de l’entourage familial et relationnel de l’ancien ministre. Selon des documents bancaires, près de 10 milliards de FCFA auraient pris un circuit peuplé de proches. Et comme pour ajouter une couche de mystère, 2,6 milliards de FCFA destinés au paiement de l’hôtel de Moanda ont tout simplement… disparu. Magie financière ou mauvaise gestion ? La justice devra trancher.
Sans oublier la fameuse affaire Cap-Caravane, révélée début 2025, déjà perçue comme un cas d’école de la confusion entre intérêts publics et privés. Un feuilleton qui reprend aujourd’hui avec un nouvel épisode, plus sombre.
Un symbole malgré lui
Désormais en tenue de prisonnier, Pascal Ogowé Sifon incarne, malgré lui, un moment clé pour la justice gabonaise. Un magistrat confie, sous couvert d’anonymat : « L’enjeu dépasse un homme. Il s’agit de montrer que la redevabilité n’est plus un simple slogan, mais une pratique réelle. » Autrement dit, l’heure est peut-être venue où les comptes doivent être rendus, même au sommet de l’État.
Alors que Libreville bruisse de rumeurs et de commentaires, une question demeure : cette incarcération marque-t-elle le début d’une nouvelle ère de transparence, ou n’est-elle qu’un épisode isolé dans le grand théâtre de la gouvernance gabonaise ? La suite au prochain acte. En attendant, l’ancien ministre a tout le temps de méditer, entre quatre murs, sur les vertus du tourisme… durable.



