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TRIBUNE : « Il voulait jouer au football, pas au sauveur universel du Gabon » Face à une sélection nationale en kit, Aubameyang a rendu le maillot. Et on le comprend.

La nouvelle est tombée comme un malheur : Pierre-Emerick Aubameyang quitte la tanière avant la fin de la coupe d’Afrique des Nations de football. Le Gabon pleure, les réseaux sociaux s’enflamment, on crie à la trahison. Mais avant de brûler l’effigie du seul joueur gabonais que votre tonton connaît, prenons une grande inspiration et regardons le tableau dans son ensemble. Ou plutôt, regardons l’absence de tableau.
Aubameyang n’a pas déserté. Il a simplement fini par réaliser qu’on lui demandait non pas de jouer au football, mais d’être tour à tour : buteur, meneur de jeu, ravitailleur, psychologue d’équipe, négociateur médical et bouc émissaire national. Une fiche de poste un peu chargée, même pour un bonhomme qui court vite.
Les Panthères : une équipe ou un home pour seniors ?

Analysons froidement : le Gabon aligne une équipe dont le noyau a commencé sa carrière internationale quand Nokia dominait le marché du portable. Onze trentenaires, un rêve de 2012 qui n’en finit pas de vieillir, et un jeu collectif qui peine à suivre. La CAN, pour le Gabon ces dernières années, c’est un peu comme un enterrement de vie de garçon qui tourne au vinaigre : on arrive avec de l’espoir, et très vite, ça dérape en crise politique, pandémie ou guerre des docteurs.
Le mythe du sauveur solitaire


La goutte d’eau (de sueur froide)


Cette CAN 2025, c’était la cerise sur le gâteau pourri : à peine arrivé, le voilà pris en tenaille entre son club (qui veut le préserver) et la fédération (qui veut le jouer, même sur brancard). Le staff gabonais et l’OM s’échangent des communiqués comme des tirs à bout portant. Lui, au milieu, avec une petite blessure et un grand soupir. On imagine la scène : « Pierre-Emerick, tu joues ? — Euh, mes médecins disent non. — Mais les nôtres disent oui ! Allez, on fait au mieux. »
Après six CAN de désillusions, de critiques (« il n’a pas le cœur assez gros » – littéralement, en 2021, avec ses problèmes cardiaques), et d’espoirs déçus, il a probablement réalisé qu’on ne pouvait pas reconstruire tout un football national sur son seul dos. Même avec ses qualités athlétiques, c’est trop lourd.
Alors, un déserteur ?

Non. Un homme réaliste. Le Gabon a besoin, non pas d’un sauveur solitaire, mais d’un projet. D’un système. De jeunes joueurs. Et peut-être aussi d’un peu moins de pression émotionnelle et de plus de professionnalisme. La retraite d’Aubameyang, c’est la fin d’une époque. Celle où on croyait qu’une star pouvait colmater toutes les brèches d’une sélection en perdition.
Maintenant, place aux jeunes. À condition qu’on leur donne les moyens de jouer… et pas seulement de courir partout pour compenser les trous dans la raquette.



