
Ce soir, à vingt minutes d’intervalle, deux visions radicalement opposées de l’avenir du Gabon seront présentées à la nation. D’un côté, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, depuis le « Gabon profond » de Koulamoutou ; de l’autre, le Pr Albert Ondo Ossa, figure de proue de l’opposition, depuis Libreville. Un duel oratoire historique qui place les Gabonais en juges ultimes du chemin parcouru depuis le coup d’État du 30 août 2023 et de la direction à prendre pour 2026.
Une scène politique en héritage d’une transition
Le contexte de cette soirée est unique. Le président Nguema s’exprime alors que la transition politique est officiellement terminée, toutes les institutions transitoires mises en place après le coup d’État ayant été remplacées. Arrivé au pouvoir par la force des armes en 2023 après une élection présidentielle contestée mettant fin à 56 ans de pouvoir de la famille Bongo, Nguema a depuis été élu président en avril 2025 et a vu ses nouvelles institutions se mettre en place.
Face à lui, Albert Ondo Ossa représente la voix d’une opposition qui conteste la légitimité de cette transition. Candidat commun de la principale plateforme d’opposition lors de la présidentielle de 2023, il avait dénoncé des fraudes et un sabotage délibéré du scrutin avant que celui-ci n’aboutisse au coup d’État. Son discours promet d’être un contrepoint direct à celui du pouvoir.
Les attentes : Du concret et des réponses
Le discours du président Nguema est annoncé comme un moment de vérité. Depuis Koulamoutou, dans la province de l’Ogooué-Lolo, il a promis une allocution « ni de façade ni de convenance », marquée par la rigueur, l’action et les résultats.
Les attentes des Gabonais sont précises et pressantes. Ils réclament des actes concrets sur : les coupures d’électricité et d’eau récurrentes; l’amélioration du pouvoir d’achat et la lutte contre le chômage des jeunes.
et une réponse à l’impopularité de mesures comme la taxe forfaitaire d’habitation et une action sur les frondes sociales observées en 2025.
Cette simultanéité des prises de parole n’est pas un hasard du calendrier. Elle place délibérément le peuple gabonais en arbitre entre deux projets politiques. Le président Nguema cherchera sans doute à capitaliser sur la fin formelle de la transition pour tourner la page et projeter une année 2026 sous le signe de la consolidation et de l’accélération. Albert Ondo Ossa, en s’adressant immédiatement à la nation, vise à maintenir vive la flamme de la contestation et à rappeler que pour une partie des Gabonais, la véritable alternance est encore à venir.
À 19h10, puis à 19h30, ce ne seront pas seulement des vœux qui seront formulés, mais deux diagnostics et deux prescriptions pour la nation qui s’offriront au libre arbitre d’un peuple en quête de « l’essor vers la félicité » si souvent clamé, mais dont la réalité tangible sur le terrain reste, pour beaucoup, à construire.



