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Centrafrique : Des élections « moyennement acceptables », ou comment le médecin arrive après la mort

L’art du compromis a encore frappé en Centrafrique. Ce mardi, les observateurs de l’Union africaine ont qualifié le quadruple scrutin du 28 décembre d’« élections apaisées ». Un terme diplomatiquement irréprochable, presque poétique, qui contraste joyeusement avec le constat sur le terrain : « des conditions moyennement acceptables », selon l’analyse plus terre-à-terre de Paul-Crescent Beninga, directeur d’un centre de recherche local. Traduction pour les non-initiés : ça a marché… à peu près. Ou pas.
Le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, y joue son troisième mandat lors d’une journée électorale historique – présidentielle, législatives, régionales et municipales d’un coup – qualifiée de « succès » par le pouvoir. De l’autre côté, l’opposition dénonce une kyrielle de dysfonctionnements et des « tentatives de fraudes ». Comme souvent, la réalité se niche dans l’écart entre les deux versions.
 
Le grand gagnant de la journée semblerait être la créativité administrative. Le Centre centrafricain de recherche et d’analyse géopolitique relève ainsi une innovation majeure : la délégation des copies des procès-verbaux aux représentants des candidats, formalité habituelle, est apparemment devenue optionnelle. Une simplification bienvenue pour les agents électoraux surmenés.
 
« J’ai vu l’Autorité nationale des élections (ANE) intervenir comme un médecin après la mort », image M. Beninga, avec un sens de la formule qui lui promet une belle carrière dans l’analyse politique – ou dans la médecine légale. Il espère que ces « arguments pourront prospérer devant le Conseil constitutionnel ». Un espoir qui sent bon le précédent juridique en gestation.
 
Côté ambiance, les observateurs civils de Réseau Arc-en-ciel, pourtant soutenus par l’UE, ont noté une affluence « faible ». Preuve, peut-être, que près de 2,4 millions d’électeurs convoqués pour quatre votes simultanés avaient d’autres impératifs un dimanche de fin d’année, ou qu’ils ont simplement perdu le chemin du bureau de vote dans la précipitation organisationnelle pointée par les experts.
 
L’ANE, elle, doit publier des résultats provisoires d’ici au 5 janvier. Suffisamment de temps pour que le « médecin après la mort » tente quelques réanimations surprises, ou pour que les acteurs politiques « s’assoient autour d’une table », comme en appelle M. Beninga, pour discuter du « bien commun » et de « textes qui assument nos réalités sociales et anthropologiques ».
 
En attendant, la Centrafrique vit un moment de pure synthèse : des élections qualifiées à la fois d’« apaisées » et « entachées d’irrégularités ». Une performance qui, il faut l’avouer, est elle aussi… moyennement acceptable.

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