
L’année 2026 au Gabon s’ouvre sur une scène familière : des salles de classe silencieuses, des cours suspendus et des promesses gouvernementales qui, comme un écho lointain, semblent se perdre dans les couloirs des ministères. Alors que le second trimestre devait débuter ce lundi 5 janvier, enseignants et élèves brillent par leur absence, perpétuant un mouvement de grève initié avant les fêtes. Le spectacle, hélas, n’est pas nouveau.

Sous la houlette du collectif SOS Éducation, de la Conasysed et du Sena, le corps enseignant refuse de reprendre le chemin de l’école tant que le gouvernement ne tiendra pas ses engagements — une exigence qui, à en juger par la durée du conflit, relève presque du vœu pieux. Au cœur des revendications : la régularisation de situations administratives souvent kafkaïennes, des titularisations en attente, des reclassements oubliés et des avancements promis mais jamais concrétisés. Bref, des dossiers qui s’empilent avec une régularité déconcertante, pendant que les salles de classe, elles, se vident.


Un décor bien rodé
La ministre d’État de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, reconduite le 1er janvier, fait face à une rentrée pour le moins… théorique. Les établissements, censés bruisser du retour des élèves, sont en proie à « une organisation perturbée », formule élégante pour décrire un système à l’arrêt. Dans certaines villes, les enfants ont été renvoyés chez eux après une brève apparition, comme si l’école n’était plus qu’un lieu de passage. « Nos enfants perdent des semaines précieuses », déplore un parent, résumant avec une sobriété tragique l’impact d’un conflit qui use autant les nerfs que les espoirs.
Magloire Memiaga, secrétaire général du Sena, résume le paradoxe : « Le paiement des vacations, oui, mais nous attendons la régularisation des situations administratives. » Autrement dit : on nous paye (parfois), mais on refuse de nous reconnaître (souvent). Les enseignants réclament la mise en place d’un « Guichet unique » interministériel — une structure censée fluidifier un processus administratif dont la lenteur est, à ce stade, presque devenue une tradition nationale.
Une grève, des promesses, et un dialogue fantôme


Au-delà des dossiers bloqués, les enseignants pointent aussi des primes de logement et de transport devenues dérisoires face à l’inflation, ainsi que des rappels de salaires non versés. En filigrane, une demande plus fondamentale : être écoutés. « Investir dans les enseignants, c’est investir dans l’avenir du Gabon », rappelle l’un des porte-parole du mouvement. Un plaidoyer qui, malgré son évidence, semble encore considéré comme une option parmi d’autres.
Les syndicats appellent à un « dialogue transparent et durable », capable de « transformer les promesses en actes ». Une demande qui sonne comme un doux rappel à l’ordre, tant le silence des autorités contraste avec l’urgence de la situation. Il est vrai qu’entre une grève qui s’éternise et des élèves qui décrochent, le temps n’est plus aux atermoiements… mais visiblement, il n’est pas non plus aux solutions rapides.
Et maintenant ?


Pour l’heure, la « reprise » annoncée reste un mirage. Les enseignants, déterminés, maintiennent leur mouvement, dénonçant des conditions de travail précaires et un manque de considération aussi persistant que contre-productif. Si le gouvernement répondait enfin de manière concrète — en créant ce fameux Guichet unique, en débloquant les dossiers et en revalorisant les rémunérations — le Gabon pourrait peut-être espérer une rentrée scolaire sereine. Mais pour cela, il faudrait que les promesses quittent enfin le territoire du discours pour entrer dans celui des actes.
En attendant, les salles restent vides, les familles s’impatientent, et les enseignants, fatigués mais résolus, continuent de se battre pour une reconnaissance qui ne devrait plus être un sujet de négociation, mais une évidence. Car après tout, quelle nation peut se construire sans ceux qui forment sa jeunesse ? La question, ironiquement, reste ouverte.



