
La parole ministérielle a suffi à suspendre le mouvement. Après trois jours de grève, les salariés de Gabon 1ère, Radio Gabon et Télédiffusion du Gabon ont décidé de « mettre de l’eau dans leur vin ». La balle est désormais dans le camp des autorités, sommées de transformer des engagements verbaux en actes concrets pour un secteur public en quête de reconnaissance… et de locaux en état.
La fièvre est (temporairement) retombée. Depuis le 25 janvier, les journalistes et techniciens des médias d’État gabonais ont suspendu leur mouvement de grève entamé le 22 janvier. La décision fait suite à un engagement du ministre de la Communication à donner suite à leurs principales revendications : l’adoption d’un statut particulier des communicateurs, le paiement des primes dues et l’aboutissement des réformes de l’audiovisuel public.
Un signe tangible de cette suspension ? Le journal de 20 heures sur Gabon 1ère, réduit à moins de dix minutes depuis le début du conflit, a retrouvé le soir du 25 janvier sa durée habituelle d’une heure. « La base a décidé de respecter la parole de monsieur le ministre et de surseoir momentanément au mouvement de grève », a expliqué Hervé Nzigué, président du Syndicat des professionnels de la communication (Syprocom).
Des promesses face à des problèmes séculaires
Cette trêve sociale intervient sur un fond de tensions anciennes. Les revendications portées par les grévistes « remontent à plusieurs années mais pour lesquelles des solutions idoines n’ont jamais été trouvées », rappelle le syndicaliste. Au-delà des questions statutaires, les professionnels dénoncent des conditions de travail dégradées, symbolisées par un budget annuel jugé dérisoire pour la télévision nationale : environ 91 000 euros.
Le point le plus critique reste l’état des infrastructures. Le siège de la Maison de la radio, qui abrite la télévision et Radio Gabon, est toujours en ruines. Il porte les stigmates d’un bombardement survenu en janvier 2019 pour déloger des mutins lors d’une tentative de coup d’État. Travailler dans un tel environnement ajoute une dimension concrète et urgente aux demandes de « revalorisation ».
L’attentisme sarcastique
La décision de suspendre la grève repose donc sur un acte de foi en la parole gouvernementale. Les salariés ont choisi de faire une pause, offrant ainsi un répit aux autorités et aux audiences. Ils observent désormais, le chronomètre en main, la capacité de la tutelle à transformer des engagements de circonstance en réalisations tangibles.
L’épisode illustre le dialogue de sourds traditionnel entre un secteur public exsangue et des promesses politiques. La balle est dans le camp du ministre. Les grévistes, eux, ont rangé leurs banderoles… mais pas pour longtemps, si les « satisfactions » annoncées tardent à se matérialiser. L’heure est à l’attente, teintée d’un scepticisme que seul un changement radical pourra dissiper.



