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Vacances scolaires au Gabon : le « repos » qui transforme les parents en banquiers à découvert (et en zombies)

Chaque année, le même miracle se produit : l’école ferme ses portes, et les parents ouvrent les leurs. Grandes ouvertes. Finies les journées rythmées par la cloche et les devoirs surveillés. Place au grand orchestre du frigo qui se vide, au concours du « Maman, j’ai faim » (catégorie toutes les sept minutes) et au spectacle éprouvant des factures qui prennent des stéroïdes. Entre juin et juillet, la parenthèse enchantée ressemble surtout à un tunnel financier sans issue. Reportage à Libreville, là où les économies partent en vacances… sans les parents.

C’est la promesse de l’été : des gamins qui s’éclatent, des rires en pagaille, une maison qui vibre. La réalité, elle, sonne surtout… très cher. Car quand l’école dit « au revoir », le portefeuille dit « adieu ».

« Prévisions budgétaires ? Connais pas »

Elsa Nyingone, 30 ans, libraire et mère d’une fille de 10 ans, ne mâche pas ses mots : les vacances, c’est le Tour de France de la dépense nerveuse. « L’eau et l’électricité explosent plus vite qu’un ballon de baudruche. Je n’ai aucun prévisionnel. Je fais avec. C’est mon devoir de mère. » Traduction : les mères deviennent des funambules du découvert, sans filet, mais avec beaucoup de dignité.

Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses, ces mamans gestionnaires du chaos quotidien, à voir leur charge mentale passer du stade « gérable » à « urgence psychiatrique ».

2 000 francs CFA par jour : l’art de faire des miracles avec des miettes

Meye, 40 ans, réparateur d’appareils électroniques, connaît la musique. Il compose chaque jour avec la recette du moment. Sauf qu’en vacances, la recette, c’est souvent celle de la soupe à la grimace. « Avec 1 000 ou 2 000 FCFA, je fais le marché. Mes enfants sont confinés, ils s’ennuient, donc ils mangent. Tout le temps. » On ne parle pas d’activités, on parle de survie alimentaire. Le grand luxe ? Une mangue sans pitié.

70 000 FCFA par jour… pour un caprice ou deux (ou quinze)

Mais rassurez-vous, tout le monde ne se serre pas la ceinture. Murielle Nzeng, 50 ans, fonctionnaire, mère et grand-mère, a été aperçue dans les galeries marchandes, l’œil mi-amusé, mi-hagard. « Avec ces enfants, on peut claquer 70 000 FCFA par jour juste pour calmer leurs lubies. Chaque minute, le pain du congélateur y passe. Et la poubelle, elle, fait des heures sup’. » 70 000 FCFA. Soit 107 euros. Par jour. Pour des snacks et des envies subites. À ce rythme, les vacances durent trois mois , et les dettes, trois ans.

« Les femmes doivent se débrouiller… et pas qu’au marché »

Heureusement, la débrouille a du génie. Andréa Ngoma, commerçante ambulante, balance une vérité qui claque comme une porte de frigo vide : « Laisser toute la charge à l’homme, c’est non. Les femmes doivent anticiper. Tout augmente en vacances : le goûter, le déjeuner, les grignotages entre deux grignotages. Mais on le doit à nos enfants. Eux, ils n’ont rien demandé. » Sauf peut-être une console, un téléphone, des bonbons, une piscine gonflable, et ton âme en paiement différé.

Son credo : planifier, partager, et apprendre aux gosses que le distributeur de billets, ce n’est pas une fontaine de jouvence financière.

Conclusion : des vacances de ouf, littéralement

Que ce soit à Libreville, Paris ou ailleurs, les grandes vacances creusent les inégalités et vident les comptes. Les parents survivent au café, aux nuits courtes et aux montagnes de chips. Les mères, elles, mériteraient une médaille et une semaine au spa – mais elles seront là, à compter les dernières pièces, pendant que les enfants réclameront encore une glace.

Alors, vacances ou galère ? Les deux, mon capitaine. Mais avec ceci de particulier : cet été, le poste de dépense numéro un, ce n’est pas la plage. C’est le frigo. Et la poubelle. Et la dignité des parents, livrée en kits démontables.

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