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Edan indisponible : la SEEG joue au yo-yo avec les nerfs des Gabonais

Finalement, tout est rentré dans l'ordre. Ou presque.

Après près  de 48 heures de psychodrame électrique, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a daigné rétablir la situation ce mercredi 17 juin. Les compteurs intelligents ont retrouvé leur âme, les unités Edan circulent à nouveau, et les ménages gabonais peuvent expirer — avant la prochaine crise.

Car oui, la panne informatique qui a paralysé l’achat de crédits depuis dimanche dernier a pris fin. Les équipes techniques, soudainement inspirées, ont résolu ce mystérieux « dysfonctionnement infrastructurel ». On imagine volontiers un ingénieur redémarrer un serveur, un autre souffler sur une carte mère, et le tour était joué.

Mais au-delà du soulagement, une question subsiste : que s’est-il vraiment passé pendant ces longues heures où des milliers de foyers sont restés sans électricité ? Une panne ? Un piratage ? Un simple caprice technologique ?

La SEEG, fidèle à sa tradition, n’a pas jugé utile de fournir des explications détaillées. Un communiqué laconique, des équipes « pleinement mobilisées » (comme toujours après coup), et le retour à la normale. Comme si près de 48 heures de privation n’étaient qu’un mauvais rêve.

L’incroyable résilience des Gabonais

Pendant que la SEEG cherchait ses mots et ses solutions, les ménages, eux, cherchaient des solutions bien réelles. Certains ont ressorti les bougies, d’autres ont improvisé des branchements plus ou moins orthodoxes, beaucoup ont simplement attendu dans le noir, leur téléphone en main, espérant un signe des dieux de l’électricité.

L’ironie est saisissante : en 2026, dans un pays qui fait de la transformation numérique son cheval de bataille, une seule panne informatique suffit à plonger des milliers de foyers dans l’obscurité. On parle beaucoup de souveraineté numérique, mais quand le système déraille, c’est la souveraineté des allumettes qui reprend ses droits.

Ces belles promesses qui s’effritent

Le président Oligui Nguema avait pourtant prévenu : la SEEG souffre d’une « faillite managériale ». Il avait pointé du doigt le manque de transparence, promis une refonte. Les Gabonais avaient cru à un nouveau départ. Mais force est de constater que l’entreprise reste fidèle à elle-même : une machine à produire des excuses et à collectionner les défaillances.

Et qu’en est-il des compensations promises après l’incendie du poste électrique d’Owendo ? À ce jour, les ménages concernés attendent toujours. Les « belles paroles » du ministre Philippe Tonangoye sont restées ce qu’elles ont toujours été : des mots. Beaux, certes, mais vides.

La SEEG, un service public à géométrie variable

La SEEG a une conception bien particulière du service public : elle exige des paiements rigoureux, mais offre des prestations approximatives. Elle rappelle les impayés avec zèle, mais oublie de s’excuser lorsqu’elle est en défaut.

Aucune indemnisation pour les pertes subies. Aucun geste commercial pour les denrées périssables perdues dans les réfrigérateurs. Rien. Juste le retour à la normale, comme si ces 24 heures n’avaient pas existé.

Alors oui, la situation est revenue à la normale. Les Gabonais peuvent à nouveau recharger leurs compteurs et allumer leurs ampoules. Mais pour combien de temps ? La SEEG a gagné une bataille (celle de la réparation), mais elle est en train de perdre la guerre (celle de la confiance).

Une refonte, vraiment ?

Le président l’a dit : une refonte s’impose. Mais refondre, ce n’est pas seulement changer quelques dirigeants ou moderniser des serveurs. C’est repenser en profondeur un modèle qui, décidément, ne fonctionne plus.

Refondre, c’est anticiper les pannes au lieu de les subir. C’est communiquer avec transparence au lieu de se retrancher derrière des communiqués lapidaires. C’est indemniser les victimes au lieu de les prendre pour des vaches à lait.

Le chef de l’État a parlé d’investigations. Espérons qu’elles ne connaîtront pas le même sort que les promesses de compensations : celui de finir aux oubliettes.

En attendant, les Gabonais peuvent souffler. Jusqu’à la prochaine coupure. Car avec la SEEG, une certitude demeure : ce n’est jamais qu’une question de jours, voire d’heures.

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