CultureFlashReportage

L’Avenue Jean-Paul II a retrouvé pendant 3 jours sa vibration (et son vibreur culturel)

Trois jours de folie douce, des lampions qui ont clignoté  pour la dernière fois ce dimanche soir à Libreville , et une avenue qui retrouvait  son souffle… après huit ans de pause prolongée. La 15ᵉ Fête des Cultures (21-23 août 2026) s’est achevée sur une note qui restera dans les annales : celle d’une réappropriation réussie, mais aussi d’un pari fou que les autorités ont relevé avec le sourire – et les deux pieds dedans.

On avait presque oublié ce que ça faisait, une avenue qui tremble sous les pas de danse, les tam-tams et les effluves de mets ancestraux. Après huit ans d’absence, le temps d’une grossesse d’éléphant, en somme, la Fête des Cultures a fait son come-back façon blockbuster. Et sous le thème « Réappropriation de nos valeurs culturelles », on n’a pas juste ressorti les pagnes et les plats : on a carrément branché le patrimoine sur le secteur jeune.

Le défi ? Organiser un tel barnum après presque dix ans de silence, avec pour objectif de raccrocher les ados à leurs racines, alors qu’ils sont souvent plus branchés sur TikTok que sur le Bwiti. Mission impossible ? Pas pour le ministre du Rayonnement culturel et des Arts, Paul Ulrich Kessany, qui avait visiblement bossé son sujet, et même fait un petit pèlerinage préalable chez Paul Mba Abessole, le papa du concept en 1997. Une visite qui sentait bon la bénédiction et les bonnes astuces.

Vendredi, pas de demi-mesure : le Vice-président Alexandre Barro Chambrier, le maire de Libreville Eugène M’ba et toute une flopée de personnalités étaient au rendez-vous. Solennité oblige, mais avec un discours qui tue : « Une culture disparaît parce qu’on cesse de la transmettre », a martelé le ministre. Autrement dit  : on n’allait pas laisser nos danses et nos contes prendre leur retraite anticipée.

 

Pendant trois jours, les neuf provinces ont défilé comme des mannequins culturels : l’Estuaire, le Haut-Ogooué, le Moyen-Ogooué en ouvreurs, puis la Ngounié, la Nyanga, l’Ogooué-Ivindo, et pour finir en beauté l’Ogooué-Lolo, l’Ogooué-Maritime et le Woleu-Ntem. Chacune a balancé ses meilleurs pas de danse, Ndjembe, Ikoku, Mwiri, Bwiti,  et ses costumes qui en jetaient.

Mais la grande surprise, c’était la jeunesse : elle n’a pas juste regardé les anciens faire. Elle est montée sur scène, a appris les mouvements, s’est salie les pieds et les mains dans les ateliers. Junior Ngoma, acteur culturel sur place, résume avec une fierté non dissimulée : « C’est symbolique, parce qu’on réunit du monde autour de l’art et de l’assiette » (et on ne va pas se mentir, l’assiette a eu son succès).

Côté invité d’honneur, le Sénégal a mis le paquet. Son village coloré, ses senteurs qui vous prennent aux tripes et ses chants ont fait salle comble. Mme Diop, exposante souriante, a même glissé : « Chez nous, le djibou-djen est aussi célèbre que le mouride, et reconnu par l’Unesco, s’il vous plaît ! » Quant à la lutte sénégalaise, elle a mis le feu : devant un public conquis, les lutteurs ont offert un show où chaque seconde compte. Steeve, étudiant gabonais ayant vécu à Dakar, a commenté : « Une finale peut se jouer en deux secondes, comme vous venez de voir. C’est du sport national, mais aussi du spectacle pur jus ! »

Et pour ajouter une touche de panafricanisme en mode amical, l’ancien footballeur El Hadj Diouf, invité de son « frère » Paul Kessany, a lâché cette perle : « J’ai appris des trucs sur le Gabon, et en tant qu’Africain, j’adore ça. Franchement, cette fête, c’est génial. Ici, on ne sait plus qui est Sénégalais, Nigérian ou Gabonais : on est juste contents ensemble. » Ambiance fraternelle garantie, renforcée par l’ambassadeur du Sénégal, Mame Oumar Thiaw, qui a salué « des relations d’amitié dignes d’un bon plat partagé ».

 

Mais derrière la fiesta, un vrai message : la transmission. Un représentant de l’UNESCO a posé son petit laïus inspiré : « La culture, c’est la mémoire la plus vivante, mais aussi l’espérance la plus fraîche. » Pas de blabla : juste une évidence.

 

Et le ministre de conclure avec une formule qui restera : « Se réapproprier sa culture, ce n’est pas vivre au passé, ni tourner le dos au Wi-Fi. C’est prendre ses racines pour mieux s’envoler sans perdre son identité. »

 

Après huit ans d’absence, cette édition a prouvé que la Fête des Cultures n’est pas une vieille dame fatiguée : elle a retrouvé son groove. Rendez-vous pris pour la 16ᵉ édition, en espérant que l’avenue Jean-Paul II ait le temps de récupérer avant la prochaine vague de lampions et de pas de danse. En attendant, le pari de la réappropriation est gagné, et le bilan culturel est… un sans-faute.

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