FlashPolitique

Ali Bongo sort de son silence : le retour du revenant

Depuis Paris, l’ancien président gabonais revendique la tête du PDG et conteste son propre retrait de septembre 2024. À Libreville, le parti vacille entre deux légitimités.

Il aura donc fallu deux ans de silence, une résidence surveillée et une déclaration de retrait soigneusement archivée pour qu’Ali Bongo décide que, finalement, rien de tout cela n’avait jamais vraiment existé. Dans une vidéo publiée depuis Paris, loin, très loin des murs de Libreville, l’ancien président gabonais annonce son grand retour en politique. Objectif affiché : reprendre la tête du Parti démocratique gabonais (PDG). Objectif inavoué : réécrire l’histoire à sa convenance.

Le retrait ? Quel retrait ?

Le cœur de l’affaire tient en une pirouette juridico-personnelle. En septembre 2024, Ali Bongo annonçait son retrait de la scène politique. Aujourd’hui, il affirme qu’il n’en était rien : il était alors en résidence surveillée, sa femme et son fils retenus, et les militaires au pouvoir attendaient des « gages » en échange de son maintien. Traduction : sa signature valait ce que valent les promesses d’un homme sous contrainte. Désormais « libre », il se sent pousser des ailes, et une parole qu’il veut tonitruante. « Que nul ne compte sur mon silence », prévient-il. Deux ans de mutisme, donc, mais attention : c’était un silence stratégique.

Deux PDG pour le prix d’un

À Libreville, la sortie parisienne fait l’effet d’une grenade dans un congrès. Ali Bongo conteste directement la légitimité de Blaise Louembé, installé à la tête du parti depuis le congrès de janvier 2025. Il affirme n’avoir jamais démissionné, n’avoir jamais autorisé cette direction, et dit avoir invité Louembé à Paris , sans réponse. Le voilà donc qui revendique la direction d’un parti qu’il dit n’avoir jamais quitté, face à une direction qui assure n’avoir jamais été illégitime. Résultat : le PDG compte désormais deux centres de légitimité, et probablement zéro consensus.

Dialogue ou fracture ?

Au sein du parti, les lignes se dessinent. L’ancien Premier ministre Julien Nkoghe Bekale appelle au dialogue sans condition, propose un cadre de concertation et la suspension des initiatives unilatérales, comprenez : posons les armes avant que le parti ne devienne un champ de bataille. La secrétaire générale, Angélique Ngoma, défend une autre approche : elle se dit prête à accueillir les militants au congrès du 27 novembre, tout en soutenant la direction issue du congrès de janvier 2025. Autrement dit : venez débattre, mais la place est déjà prise.

Les médias locaux, eux, relayent la bipolarisation avec délectation. D’un côté, les proches d’Ali Bongo dénoncent un retrait obtenu sous contrainte. De l’autre, les partisans de la direction actuelle rappellent, documents en main, que la déclaration de septembre 2024 est écrite noir sur blanc, et s’interrogent, avec une pointe d’ironie, sur la soudaine mémoire défaillante d’un homme qui se souvient très bien, en revanche, de l’adresse du siège du parti.

L’appétit vient en gouvernant

La question mérite d’être posée sans détour : Ali Bongo est-il le chef légitime du PDG, ou un ancien dirigeant rattrapé par l’appétit du pouvoir ? La réponse dépendra de qui tient le stylo de l’histoire. Ce qui est certain, c’est que le parti, lui, n’a pas fini de digérer ce retour aussi fracassant qu’inattendu. Entre le congrès du 27 novembre et les appels au dialogue, le PDG avance sur une corde raide : d’un côté la concertation, de l’autre la fracture. Et au bout du fil, un homme à Paris qui, décidément, n’a pas dit son dernier mot, même s’il avait juré le contraire.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page