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Climat : L’Afrique, terre d’« accueil » d’une crise qu’elle n’a pas invitée

Tandis que les promesses financières font le grand écart entre les besoins (580 milliards) et la réalité (1 milliard), le continent résume l’équation climatique mondiale : ceux qui polluent le moins trinquent le plus. Un dossier brûlant, traité avec la froideur d’un bulletin météo.
Cyclones monstrueux, sécheresses bibliques, désert qui grignote, lacs qui s’évaporent… Le changement climatique n’est plus une projection algorithmique dans un bureau genevois. C’est la réalité quotidienne de millions d’Africains. Pourtant, la communauté internationale semble regarder le continent sombrer avec la réactivité d’un somnambule, tout en lui tendant une timbale pour écoper l’océan. Enquête sur un naufrage annoncé, où l’absurde le dispute à l’injustice.


Le Fonds « Perte et Dommages » : L’arme ultime… en carton-pâte
La COP 27 en Égypte a accouché d’une grande avancée : la création d’un Fonds pour les pertes et dommages. Enfin, un mécanisme solide pour aider les pays vulnérables à panser les plaies des catastrophes climatiques ! Enfin, une réponse à la hauteur de l’enjeu ! Vraiment ?
Quelques mois plus tard, l’addition est sans appel. Les pertes annuelles dans les pays en développement sont estimées entre 290 et 580 milliards de dollars. La cagnotte internationale, elle, affiche un total de promesses avoisinant les 661 millions de dollars. Faites le calcul. C’est l’équivalent d’offrir un verre d’eau pour éteindre l’incendie de la forêt primaire. Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de l’OMC, le dit avec la diplomatie de celle qui connaît les chiffres : « C’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas suffisant. » Un chef-d’œuvre d’euphémisme.

Tosi Mpanu Mpanu, ancien président des négociateurs africains, est moins ambivalent : « C’est nous qui contribuons le moins à la crise climatique, mais nous en payons le prix le plus élevé. » En d’autres termes, le monde développé a organisé la fête, consommé toutes les ressources, et envoie maintenant la facture – et les migraines – à ceux qui n’ont même pas été conviés à l’apéro.
Économies climato-dépendantes : jouer au monopoly avec des cases « cyclone » et « sécheresse »
L’Afrique est sommée de se développer. Mais comment, quand les fondations mêmes de son économie sont en train de fondre, sécher, ou être emportées par les flots ?
Prenez l’agriculture, employant plus de 60% de la population. Le changement climatique en a fait un jeu de roulette russe. En Afrique de l’Est, la sécheresse décennale transforme le bétail en cadavres et les greniers en souvenirs. Au Sahel, le désert avance imperturbablement, tel un conquérant dont personne n’ose arrêter la marche. Le Sahara a gagné 10% de superficie depuis 1920. Une progression lente, sûre, et mortifère, qui transforme les champs en poussière et les conflits entre éleveurs et agriculteurs en guerre de survie.
Même les secteurs censés offrir une alternative souffrent. L’hydroélectricité ? Brillante idée, sauf quand les rivières se réduisent à des filets d’eau nostalgiques. Le lac Tchad, source de vie pour des millions, a perdu 90% de sa surface. On attend toujours le plan Marshall pour le ressusciter.
Insécurité en kit : famine, soif, et exode
La machine climatique, une fois lancée, produit ses lots de misères en série. Pas de pluie ? Les récoltes meurent. Trop de pluie ? Les inondations ravagent tout. Dans les deux cas, résultat : la faim. Plus de 250 millions de personnes en Afrique subsaharienne y sont déjà confrontées. La FAO semble compiler des statistiques en temps réel sur une catastrophe au ralenti.
Dans le même temps, le robinet d’eau se ferme. 17 pays africains sont en haut de la liste des futures zones de stress hydrique intense. Le Dr Olumide Abimbola observe, impuissant, des communautés autrefois paisibles devenir des chasseurs d’eau. « Le défi est immense », conclut-il. Autant dire que Sisyphe avait de la chance : sa pierre, au moins, ne rétrécissait pas à chaque montée.
Et quand on n’a plus de terre cultivable ni d’eau à boire, que fait-on ? On part. L’Organisation internationale pour les migrations prévoit jusqu’à 86 millions de déplacés climatiques d’ici 2050 en Afrique. Ces migrations ne sont pas une « opportunité », comme aiment à le fantasmer certains rapports économistes. C’est un déchirement. Des villages se vident, des bidonvilles explosent, et des mégapoles comme Lagos ou Dar es Salaam, déjà au bord de l’implosion, absorbent cette détresse supplémentaire comme des éponges saturées.
La conclusion qui s’impose (mais que personne ne tire)
Le tableau est sombre, mais d’une clarté aveuglante. L’Afrique est au bord du gouffre, poussée par des phénomènes climatiques extrêmes amplifiés par des émissions de gaz à effet de serre dont elle est marginalement responsable. Elle tend la main. Elle reçoit, en écho, des promesses dérisoires et des sermons sur la « résilience ».
Le Dr Elizabeth Wathuti, militante kényane, résume d’une phrase ce que des milliers de pages de rapports tentent de décrire : « Le changement climatique est une menace directe pour notre survie. »
La communauté internationale joue-t-elle un mauvais tour ? Ou est-ce simplement le reflet d’une myopie politique et d’une comptabilité morale bancale ? L’Histoire jugera. Mais dans les plaines du Sahel, dans les villages inondés du Mozambique, dans les camps de déplacés de la Corne de l’Afrique, l’Histoire est déjà en train de s’écrire. Elle a le goût amer du sable et de l’injustice. Et elle n’attend pas les promesses de la prochaine COP pour se dérouler.



