
Au cœur de la tragédie, un simple trajet jusqu’à la boutique pour ses parents.C’est la dernière mission que la mère de Pascal Cameron Ngueba Loko, 13 ans, lui a confiée le soir du 17 décembre, avant qu’il ne disparaisse. Après cinq jours de recherches angoissantes menées par sa famille et son voisinage, c’est la mère qui a fait la découverte macabre : le corps de son fils dans une fosse septique, à quelques mètres seulement de leur domicile.
Les premières constatations médico-légales,dévoilées tardivement par le procureur de la République, ont apporté une précision glaçante : le corps présentait une fracture de la nuque, mais aucune trace de mutilation, écartant provisoirement la piste de crimes rituels souvent évoquée dans de tels drames. Quatre suspects, dont un voisin de la famille, ont été interpellés et placés en garde à vue. Dans une communication très attendue, le magistrat a promis que « toute la lumière sera faite ».

Le travail des enquêteurs a permis des arrestations rapides, mais le dossier laisse de nombreuses zones d’ombre.
Victime : Pascal Cameron Ngueba Loko, 13 ans.
Date de disparition : Soirée du 17 décembre 2025.
Corps retrouvé : Le 23 décembre dans une fosse septique près du domicile familial.
Cause présumée du décès : Fracture de la nuque.
Suspects interpellés : Quatre personnes, dont un voisin.
Piste évoquée par un suspect : Crime commandité par un individu surnommé « Monsieur Sado » pour 100 000 FCFA.
Principal point d’interrogation : L’identité et la motivation réelles des commanditaires, qui restent à ce jour inconnues.
Une justice sous pression
Cette affaire agit comme un révélateur des dysfonctionnements de la chaîne pénale et des craintes historiques de la population. Le silence des autorités pendant les cinq jours de recherche a été vécu comme un abandon, laissant la rumeur et l’angoisse se répandre sur les réseaux sociaux avant toute communication officielle.
Ce retard a ravivé le souvenir d’affaires non élucidées, comme celle d’Esther Ludivine Moussavou Eyang Mba, violée et assassinée en août 2025, dont le public ignore toujours les conclusions. Un schéma se répète : des investigations annoncées, mais peu de comptes rendus publics sur leur issue, alimentant un sentiment d’impunité et une perte de confiance dans les institutions.

La fracture est aussi politique. Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, un acteur civique, pointe un héritage toxique : « Dans cette ancienne République, deux catégories de personnes étaient sûres de ne jamais être inquiétées : les commanditaires des crimes rituels et les gros détourneurs de fonds publics ». Il craint une « justice spectacle » où seuls les exécutants paient, tandis que les commanditaires restent protégés.
La colère monte, la société s’organise
Face à ce drame et au sentiment d’inaction, la société civile ne reste pas passive. Des appels à la mobilisation ont été lancés. Un internaute, François Régis Nkogo, a annoncé sur les réseaux sociaux : « Nous voulons faire une marche pour que le ou les commanditaires répondent aussi de leurs actes ».
L’opposant politique Alain Claude Bilie-By-Nze a directement questionné la responsabilité de l’État face à la multiplication de ces crimes.


Même le président de la République et son épouse ont dû exprimer leur émotion et appeler à la justice.
L’association SOS Prisonniers Gabon a rappelé au gouvernement ses engagements internationaux, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant, et l’a appelé à prendre des « mesures fortes ».

Au-delà de l’affaire Cameron : un pays à la croisée des chemins
Le meurtre de Cameron n’est pas un « simple fait divers ». C’est le symptôme d’une crise plus profonde qui interroge la capacité de l’État à protéger ses citoyens les plus vulnérables. Les autorités sont désormais sommées de conduire une enquête transparente et rapide. Le parquet a promis la lumière, mais les Gabonais attendent des actes qui aboutissent à l’identification et au jugement de tous les responsables, y compris les éventuels commanditaires. Cette affaire survient dans un contexte de transition politique fragile. Elle met à l’épreuve les promesses de la « nouvelle République » et sa rupture affichée avec les pratiques du passé. La crédibilité des nouvelles institutions est en jeu. La peur s’est installée dans les foyers. Comme le souligne un commentaire sur les réseaux sociaux : « La vague de kidnapping que l’on observe amène à se demander s’il faut laisser repartir nos enfants à l’école ». Restaurer un sentiment de sécurité est primordial.
Le sang de Cameron crie justice, mais il crie aussi pour tous les enfants disparus dont les dossiers dorment dans les tiroirs de la justice. L’heure n’est plus aux promesses, mais aux preuves. La nation entière, le regard tourné vers les tribunaux, attend que la justice prouve qu’elle peut vaincre la peur.



