
C’était pourtant officiel : une « reprise progressive des cours », selon les mots même de la ministre d’État à l’Éducation nationale, Camelia Ntoutoume Leclercq, relayés avec empressement sur les réseaux sociaux. Sur le terrain, cependant, le silence règne dans la plupart des écoles et lycées du pays. Fermés. Vidés de leurs élèves. Seuls certains enseignants grévistes font acte de présence, donnant à ces établissements des airs de théâtres sans public.

« Les profs viennent en cours mais il n’y a pas d’élèves », confirme, un brin désemparé, Calixte Ondo Ondo, élève de 3ème. Sa crainte ? Une année blanche. « Pour nous, les classes d’examen, ça nous pénalise. S’il y a une année blanche, vraiment, reprendre la 3ème est très stressant. » Un stress qui contraste avec le calme plat des couloirs.
Pour tenter de briser la mobilisation, le ministère avait pourtant brandi la menace d’inspection et enjoint aux responsables académiques et chefs d’établissement de veiller à une reprise effective. Peine perdue. La grève lancée par le collectif SOS Éducation tient bon, et les salles de classe demeurent désertées.
Dans ce climat de bras de fer, certains responsables d’établissements tentent de jouer les médiateurs. Gabin Emore Mba appelle à plus de dialogue : « Le problème actuel porte sur la communication. Il faudrait que les différentes parties s’assoient et comprennent que la plus haute autorité a pris des engagements pour résoudre les problèmes des enseignants. Cela suffit pour qu’on puisse reprendre les cours et attendre la concrétisation des promesses jusqu’au 25 février. » Un discours raisonnable, mais qui semble pour l’instant se heurter à une méfiance solidement ancrée.
Car du côté des syndicats du primaire et du secondaire, les revendications restent fermes et « non négociables » : régularisation intégrale des situations administratives, paiement effectif des rappels de solde, amélioration substantielle des conditions de travail. Les promesses ? Elles sont qualifiées d’« effets d’annonce ».

Et pendant que l’enseignement de base reste paralysé, la grogne gagne l’université. Le Syndicat national des enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo (SNEC-UOB) a déposé un préavis de grève de huit jours. Il réclame la mise en place immédiate d’une commission tripartite pour examiner les dossiers en souffrance. Avec une particularité : une dette globale qui dépasse le milliard de francs CFA, mais une posture affichée de « partenaire social ».
« Nous sommes conscients que l’État ne peut pas tout régler maintenant, explique Mathurin Ovone Ebe, président du SNEC-UOB. Il nous reste à peu près un trimestre de vacations. Nous préférons d’abord taire cette revendication pour permettre à l’État de remonter jusqu’à la période 2022-2023 où il reste plus de 400 millions à payer aux enseignants. Nous faisons cette proposition […] parce que nous ne pouvons pas exiger de l’État le paiement du milliard tout de suite. » Une manière de mettre en avant leur bonne volonté, tout en rappelant l’ampleur des arriérés.
Ainsi, le secteur éducatif gabonais donne le spectacle d’une cacophonie bien rodée : d’un côté, une ministre qui annonce une reprise ; de l’autre, des écoles vides et des enseignants déterminés ; entre les deux, des parents qui s’inquiètent et des élèves qui regardent passer leur année. Et maintenant, l’université qui entre en scène, ajoutant sa propre mélodie revendicative à cette partition déjà complexe.
Alors que la date du 25 février est brandie comme un ultime horizon d’apaisement, chaque partie campe sur ses positions. Les enseignants du secondaire attendent des actes, ceux de l’université réclament une commission, et les élèves, eux, attendent simplement de pouvoir retourner en cours. Sans savoir quelle note sortira finalement de cette crise.



