
Libreville envoie un choc. Le 21 janvier 2026, l’État gabonais a donné l’ordre à la Gabon Oil Company (GOC) et à ses filiales de rapatrier sans délai tous les Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES) détenus à l’étranger. Une somme colossale de 270 millions de dollars, destinée à la réhabilitation future des sites pétroliers, doit désormais rejoindre les coffres de la Banque centrale de la CEMAC.
Derrière la technicité financière, une question brûlante émerge : cette décision met-elle en lumière les fragilités de la GOC ? En lui retirant d’un coup cette manne placée en devises fortes, l’État prive-t-il sa compagnie pétrolière d’un coussin de sécurité stratégique ?
Une application stricte… et soudaine. Le ministre Thierry Minko justifie la mesure par le strict respect d’un règlement communautaire de 2021, longtemps ignoré. Objectif affiché : renforcer les réserves régionales en devises et affirmer la souveraineté économique. Mais à Brazzaville, le président Oligui Nguema avait déjà tonné : le rapatriement des devises extractives est « une exigence ». La GOC, pilier historique de l’économie, devient-elle la première variable d’ajustement de cette nouvelle discipline ?
La solidité financière de la GOC en question. Si l’État y voit un gain de souveraineté et de transparence, quel impact sur la trésorerie et la capacité d’investissement de la compagnie ? Ces fonds, logés hors de portée, représentaient-ils une assurance pour ses projets futurs ou pour faire face à un choc ? Leur rapatriement obligatoire dessine-t-il une GOC sous tutelle plus étroite, dont la marge de manœuvre financière se resserre ?
L’effet domino en vue. Le communiqué vise clairement les autres majors pétrolières opérant au Gabon. Le message est clair : à vous de jouer. Cette mise en conformité généralisée renforcera-t-elle vraiment la stabilité de la zone CEMAC, ou risque-t-elle de refroidir les investisseurs, inquiets de voir les règles du jeu changer brutalement ?
Une ligne rouge franchie. Avec cette décision, Libreville affiche une priorité : la discipline financière communautaire avant les intérêts particuliers des entreprises, même nationales. Un tournant. Mais en tirant ce trait, l’État gabonais n’expose-t-il pas sa propre compagnie à des vents contraires, révélant par là même ses possibles vulnérabilités ?
La manœuvre est audacieuse. Elle place le Gabon en champion de l’orthodoxie financière en Afrique centrale. Reste à savoir si la GOC, désormais privée de cette réserve offshore, en sort renforcée ou affaiblie. La solidité de son modèle est désormais sous le feu des projecteurs.



