
Accusant les autorités gabonaises de « dérives administratives et judiciaires », le groupe Satram, un ancien fleuron de la logistique, se dit menacé de disparition. Lors d’une conférence de presse musclée, son conseil juridique, Me Marlène Fabienne Essola-Effoutame, a annoncé son intention de poursuivre toutes les voies de recours, y compris internationales, pour « sauver » l’entreprise et dénoncer un « précédent dangereux » pour l’État de droit.
C’est un réquisitoire sévère qui a été présenté à la presse, jeudi à Libreville. Les représentants des sociétés SATRAM SA, EGCA SA et ALOGIS SAS y ont dépeint le naufrage programmé d’un pilier historique de l’économie gabonaise, miné par ce qu’ils qualifient de « spoliation foncière institutionnalisée » et de « procédures judiciaires expéditives ». Mais au-delà du constat d’effondrement, c’est la fermeté inébranlable de leur conseil juridique qui a marqué les esprits.

« Nous irons jusqu’au bout des procédures, sans concession et sans faiblesse. La légalité est notre seul combat, et nous la défendrons devant toutes les juridictions compétentes, y compris celles de l’OHADA et au-delà », a déclaré Me Essola-Effoutame, affichant une détermination qui semble annoncer une bataille judiciaire de haut vol. Son discours a insufflé une nouvelle dynamique à ce dossier complexe : celle d’un combat juridique acharné pour la survie.
La chute d’un géant
L’histoire de Satram est celle d’une ascension suivie d’une dégringolade. Créé dans les années 1980, le groupe a été « le premier employeur privé après l’État », avec jusqu’à 2 000 salariés, rappelle Véronique Koumba, la responsable communication. Manutention portuaire, transport maritime, fret terrestre : Satram était l’épine dorsale de la logistique gabonaise. Une époque révolue, où les salaires étaient versés avec une régularité de métronome et où la couverture maladie était internationale.
Le décès des fondateurs a ouvert une ère d’instabilité managériale et de difficultés financières. Le groupe évoque des salariés n’ayant perçu « que deux mois de salaire en une année » et une cinquantaine d’entre eux décédés ces dernières années, « faute de moyens de subsistance ou d’accès aux soins ». Un drame social qui plane sur l’ensemble du dossier.
Le cœur du litige : deux titres fonciers et une « justice à deux vitesses »
À Owendo (titre foncier n°13 454) : Le groupe dénonce une « extorsion foncière » d’une rapidité suspecte. Me Essola-Effoutame affirme qu’en « douze jours seulement », un tiers, une société liée au groupe burkinabè EBOMAF, aurait obtenu un titre de propriété, un jugement d’expulsion et l’exécution forcée de la décision par le parquet. Une célérité « incompatible avec les procédures ordinaires », qui constituerait selon elle « un dysfonctionnement institutionnel majeur » et un « précédent dangereux » pour la sécurité juridique des investisseurs.
À Port-Gentil (titre foncier n°14 210) : Satram accuse l’Office des ports et rades du Gabon (Oprag) d’avoir doublement vendu et loué la même parcelle. Acquise en 2003 par Satram pour un demi-milliard de FCFA, elle serait occupée depuis 2017 par la société Pechou, sur la base d’un bail annuel de 6 millions FCFA – une somme qualifiée de « dérisoire » – que Satram affirme ignorer.
La stratégie de l’avocate : un siège juridique multidimensionnel
Face à cette situation, Me Essola-Effoutame ne se contente pas de dénoncer. Elle esquisse une contre-offensive juridique complète. Elle annonce le dépôt ou la poursuite de multiples recours pour contester la validité des titres fonciers attribués à ses adversaires, défendre le caractère « imprescriptible » du droit de propriété de Satram, qu’elle estime bafoué par des interprétations contradictoires du droit OHADA et des conventions portuaires afin d’ obtenir réparation pour le préjudice subi, tant économique que moral
« L’objectif n’est pas seulement de gagner un procès, mais de permettre à Satram de revenir à la vie économique », a-t-elle plaidé, usant d’une métaphore médicale forte : « Lorsque quelqu’un est sous respiration artificielle, on lui tient la main. C’est le minimum que l’on puisse attendre de l’État. »
Un enjeu qui dépasse l’entreprise
Le combat de Satram est ainsi élevé au rang de symbole. Il interroge la capacité des autorités gabonaises à reconstruire un État de droit crédible et à protéger les acteurs historiques de son économie. « Dans une République qui affirme sa volonté de reconstruire l’État de droit, il est essentiel de protéger ceux qui ont contribué au développement du pays », a martelé la juriste, chargeant les pouvoirs publics d’une « responsabilité morale et politique ».
Alors que l’entreprise tente de se recomposer un avenir dans un paysage judiciaire hostile, la détermination affichée par son avocate ouvre un nouveau front. Cette bataille, promise à être longue et technique, sera-t-elle le catalyseur qui inversera la trajectoire du groupe ? La réponse se jouera désormais autant dans les prétoires que dans les arcanes du pouvoir gabonais.



