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Sette Cama, le sanctuaire oublié où la pêche à la mouche écrit sa légende

À la lisière du monde, là où la lagune de Ngové se confond avec l’Océan Atlantique, le temps semble suspendu. Sette Cama, ce hameau isolé du sud gabonais, n’est accessible que par les eaux sombres de la lagune depuis Gamba. Longtemps chasse gardée des pêcheurs au gros aux leurres, cette terre sauvage s’est imposée, dans le silence et la ferveur, comme le nouveau temple mondial de la pêche à la mouche. Un pèlerinage pour ceux qui cherchent l’affrontement pur avec les géants des eaux.
 
Le décor est à couper le souffle : une langue de sable vierge de plus de vingt kilomètres, un avant-poste entre la forêt équatoriale du parc national de Loango – dont l’entrée se formalise à la petite maison du parc – et les rouleaux de l’Atlantique. À l’extrémité, la « passe », un goulet où les courants marins et les eaux saumâtres se mélangent, constitue le cœur battant de ce royaume aquatique. C’est ici, dans ce bouillonnement nutritif, que les plus belles prises se jouent.
 
L’adrénaline de l’affrontement silencieux
« Ici, on ne pêche pas, on combat. Et à la mouche, c’est un duel chevaleresque. » Jean-Luc, un Français de la région toulousaine, essuie son front tout en déroulant délicatement sa soie. Son regard est rivé sur les remous à la surface de l’eau. « Là-bas ! » lance-t-il dans un souffle. Son lanceur est un mélange de puissance et de grâce, posant la mouche artificielle avec une précision chirurgicale. Soudain, la ligne se tend, furieusement. Le scénario tant attendu se déroule en quelques secondes : un éclair argenté jaillit des profondeurs, se tordant dans les airs. « Un tarpon ! Un géant ! » s’exclame-t-il, le visage illuminé par un mélange de concentration extrême et de joie pure. La canne ploie dangereusement sous la force de l’animal. « C’est pour ces dix secondes que l’on voyage jusqu’au bout du monde. Sentir cette puissance brute, cette énergie incroyable… C’est l’adrénaline pure. Il ne se bat pas seulement pour sa vie, il se bat pour sa liberté. Et moi, je ne suis qu’un médiateur dans ce combat. »
 
La stratégie et la récompense
Un peu plus loin, sur la plage déserte, Sophie, une pêcheuse belge, incarne une autre facette de cette passion. Elle raconte : « Ce matin, c’était le vivaneau. Un poisson d’une intelligence rare, méfiant. Il a fallu changer de mouche trois fois, analyser le courant, présenter l’offrande sans éveiller ses soupçons. Quand il a mordu, ce n’était pas une explosion de violence comme avec le tarpon, mais une traction sourde, déterminée. Le ramener à bord après ce jeu de dupes, c’est une victoire différente, presque intellectuelle. » Elle observe l’horizon, où des buffles de forêt s’avancent sur la plage, rappelant que Sette Cama est bien plus qu’un spot de pêche. « Vous pêchez avec les éléphants en arrière-plan, les hippopotames qui soufflent au loin… C’est cela la magie de Sette Cama. On est au cœur d’une Afrique originelle, préservée. »
 
« Ici, la nature commande, nous on accompagne »
 
Au village, loin des lodges confortables comme le Missala Lodge et sa « Mini-Tour-Eiffel » qui apporte une connexion GSM précaire au monde moderne, la vie suit un rythme immuable. Patrice, un habitant de Sette Cama, observe les pêcheurs voyageurs avec une sagesse tranquille. « Je suis né ici. Avant, les seuls blancs qu’on voyait travaillaient pour Shell, à Gamba. Maintenant, ils viennent avec leurs cannes souples et leurs leurres de plumes. Ils cherchent les gros poissons, mais je crois qu’ils viennent surtout chercher le silence et la puissance de cet endroit. »
 
Assis devant sa maison, il confie : « Nous, on vit avec la lagune. Elle nous donne du poisson, elle nous transporte. Elle commande. Ces pêcheurs, ils l’ont compris. Ils respectent l’endroit. Et ça, pour nous, c’est important. Le parc de Loango est juste à côté, c’est notre jardin. Voir des gens qui viennent de si loin pour ça, ça nous rend fiers. Ça montre que ce que nous avons ici est précieux. »
 
Entre tradition et modernité, entre wilderness et confort rudimentaire, Sette Cama offre une expérience de pêche totale. Ce n’est pas seulement un spot de classe mondiale pour traquer le tarpon, la carangue ou le vivaneau à la mouche ; c’est une immersion dans un écosystème où l’homme n’est qu’un invité. Un paradis où le crépitement du groupe électrogène du lodge le soir semble être le seul concession au monde moderne, vite effacé par le rugissement lointain de l’océan et le cri des oiseaux de la forêt. Ici, chaque lancer de soie est une quête, et chaque prise, un dialogue avec les forces vives de l’Afrique.
Crédit Photo: Nery’wTv

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