Guinée Équatoriale : un fils du président Obiang condamné à six ans de prison

Dans un élan de vertu citoyenne absolument inédit et qui n’a rien à voir avec une lutte de pouvoir familiale, la justice équato-guinéenne a condamné mardi un membre de sa propre famille présidentielle. Une première mondiale, à condition de bien lire les petites lignes.
Un bras de fer judiciaire d’une sévérité… négociable
Ruslàn Obiang Nsue, fils du président et ancien haut dignitaire, a été reconnu coupable d’avoir joué au « Monopoly » avec un avion appartenant à l’État. Le tribunal de Malabo, avec un accès de fermeté révolutionnaire, l’a condamné à six ans de prison. Une peine qui a fait frémir les observateurs… jusqu’à ce qu’ils lisent la suite.
En effet, la sentence propose une offre promotionnelle exclusive : « Évitez la prison ! Remplacez la case « Allez en prison » par un simple virement bancaire ! » Pour que la peine soit « suspendue », il suffit au condamné de s’acquitter de la modique somme de 144,2 millions de FCFA (environ 220 000 euros) qu’il a… détournée, plus une petite amende pour la forme. C’est ce qu’on appelle une justice qui s’adapte à sa clientèle. Une véritable innovation pénale.
Une affaire qui sent le sapin… et l’huile de moteur
Tout a commencé lorsqu’un avion de la compagnie nationale, laissé en Espagne pour une révision, a mystérieusement disparu. Après une enquête rondement menée, on a découvert qu’il n’était pas perdu, mais « monétiser » au profit d’une entreprise espagnole. Une simple erreur de parking, sans doute.
Ruslàn Obiang, pourtant aussi poursuivi pour « abus de fonctions et malversation de fonds publics » – des détails –, a été blanchi sur ces points. Seul le petit dossier de la vente illégale de l’avion a été retenu. On ne va pas non plus être trop sévère.
Une affaire de famille : comme père, comme fils(s)… à peu près
L’arrestation de Ruslàn a été ordonnée par son propre demi-frère, Teodorin, vice-président et homme à poigne. Ce dernier sait de quoi il parle : il a été condamné définitivement en France pour « biens mal acquis », une invention de jaloux qui ne comprennent pas le goût inné des Obiang pour le luxe.
Teodorin a donc appliqué la maxime familiale : « La justice, c’est comme le pétrole, ça se gère en famille. » Un coup de communication masterstroke pour montrer que personne n’est au-dessus des lois, surtout quand on peut les acheter.
Une dynastie qui dure, une justice qui s’adapte
Rappelons que la Guinée Équatoriale est dirigée d’une main de fer (et d’un portefeuille bien garni) depuis 46 ans par le papa, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Un record de longévité qui s’explique sans doute par un régime à la pointe de la modernité démocratique et judiciaire.
Preuve en est avec ce jugement historique : il démontre que dans ce pays, la justice est aveugle. Elle ferme habilement les yeux sur les gros dossiers, mais peut, sur commande, se montrer d’une rigueur implacable pour les infractions mineures… tant que le chèque est libellé à l’ordre de la République.
Une leçon pour toutes les démocraties occidentales, décidément trop rigides.