Vie chère, va-t’en ! Le gouvernement Oligui Nguema a lancé samedi son arme lourde : un marché géant itinérant, piloté par la nouvelle Centrale d’Achat du Gabon (Ceag). Premier round au stade de l’amitié sino-gabonaise d’Angondjé. Ambiance, bons plans… et petites notes qui piquent.


Ce samedi 25 Avril, Ils sont venus, ils ont vu, ils ont (presque) tous gagné. Dès l’aube, des centaines de Librevillois ont pris d’assaut le stade d’Angondjé, transformé pour l’occasion en paradis promo. Objectif officiel : casser la spirale des prix. Objectif officieux : voir si l’État peut vraiment faire moins cher que le coin de la rue.
Premier constat : ça a marché. Un peu trop bien, même. Les allées ont vite noirci de monde, et certains ressortent avec un sourire qui ne tient pas seulement à l’économie réalisée. Didier, agent public au budget de 50 000 FCFA, brandit son filet de courses comme un trophée :« Mon sac de riz : 5 000 FCFA ici, contre 10 000 ailleurs. L’inflation ? On ne la sent plus. »
Bravo, Didier. On signe où ?


Mais Sandrine, elle, a fait les comptes; Et c’est là que le bât blesse – légèrement, mais ça cligne. « 990 FCFA l’huile, au lieu de 1 000. Dix francs. Dix. Pour une bouteille. »
Sandrine, sans emploi, a sorti la petite calculette mentale. Et elle n’a pas ri. Elle regrette surtout l’absence quasi totale de produits locaux. Le made in Gabon ? Invisible. Comme si, pour lutter contre la vie chère, on avait oublié qu’on peut aussi produire chez soi.
(Petite note au passage : ce n’est pas en économisant dix francs sur l’huile qu’on rembourse le carburant du taxi pour venir au stade. Mais chut.)
La Ceag : le régulateur qui veut quadriller le paysThéophile Boutamba, patron de la Centrale d’Achat du Gabon, explique la stratégie d’un ton aussi sérieux qu’un chef d’orchestre avant un concerto :
« Nous contrôlons chaque maillon – importation, douane, transport. Les prix seront affichés partout. Et si on vous les gonfle ? Un numéro vert vous attend. »Transparence, traçabilité, QR code sur chaque point de vente… On dirait presque une start-up. Sauf que la start-up, ici, c’est l’État.

À terme, 47 points de vente dans le Grand Libreville, puis Port-Gentil, Franceville, et même Owendo et Bikélé. L’ambition : quadriller le territoire pour empêcher les circuits parallèles de faire flamber les prix. Ou, dit autrement :
« cherchez la petite spéculation, on est là ».
Petit rappel en chiffres (pour garder les pieds sur terre)Entre 2021 et 2023, le Gabon a dépensé 542,4 milliards de FCFA en importations alimentaires. Pour 2,4 millions d’habitants. Soit l’un des plus gros budgets courses d’Afrique centrale, avec un panier encore trop dépendant de l’extérieur.Dit autrement : on importe presque tout, on produit presque rien, et après on s’étonne que l’huile coûte un bras. Mais bon, Rome ne s’est pas construite en un marché itinérant.
Bilan du premier round : belle prestation, mais pas encore KOLe gouvernement Oligui Nguema a prouvé une chose : l’État peut physiquement proposer une alternative. C’est déjà énorme, dans un pays où l’on a souvent l’impression que les prix vivent leur propre vie.Reste que l’écart entre la vitrine spectaculaire et la réalité des petites économies (10 francs, donc) peut refroidir. Et l’absence de produits locaux rappelle un vieux chantier : produire au Gabon pour ne plus supplier la planète entière.
Va pour les QR codes, les camions bradés et l’huile à 990 FCFA. Mais si on pouvait, un jour, acheter du made in Gabon sans devoir traverser un stade bondé, ce serait aussi une belle victoire contre la vie chère. En attendant, on reprendra un sac de riz à moitié prix – merci quand même.