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Nécrologie : Bassek Ba Kobhio, le père des « Écrans noirs », s’est éteint, emportant avec lui une part de nos rêves

Le cinéma africain vient de perdre l’une de ses âmes. Le réalisateur camerounais Bassek Ba Kobhio nous a quittés dans la nuit du 11 au 12 mai 2026 à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. L’homme qui a consacré sa vie à donner une voix et une lumière aux histoires du continent s’en va, laissant derrière lui un silence de salle vide, et des millions de cœurs en pleurs.
 
Source : Actu Cameroun
Rien ne filtre encore sur les circonstances de son départ. Mais ce mystère ne fait qu’alourdir le chagrin de toute une profession, de tout un peuple. Bassek Ba Kobhio n’était pas seulement un cinéaste : il était un passeur de mémoire, un bâtisseur d’images pour une Afrique trop souvent réduite au silence.
 
Avant de prendre la caméra, il avait pris le temps de comprendre le monde. Sociologue et philosophe de formation, il devint responsable des services de la cinématographie à Yaoundé. Mais c’est en 1991 qu’il touche le public au cœur avec Sango Malo, un film récompensé par le Prix du public au 2e Festival du cinéma africain de Milan. Une œuvre qui, encore aujourd’hui, fait battre les cœurs.
 
Plus tard, il prête son regard à des courts-métrages inspirés des fables de La Fontaine, initiés par l’ACCT (devenue OIF). On lui doit une poule aux œufs d’or savoureux, où se mêlent humour et lucidité. Homme de transmission, il créa des classes de cinéma avec le soutien de l’Ambassade de France et de l’Unesco. Il ne voulait pas seulement faire des films : il voulait former des faiseurs de rêves.
 
Mais son legs le plus éclatant reste Écrans noirs. Ce festival, qu’il a porté sur ses épaules comme une promesse, est devenu en vingt-huit éditions l’un des plus grands rendez-vous du cinéma africain. Des cinéastes, producteurs, comédiens de tout le continent s’y sont croisés, grâce à sa foi inébranlable.
 
La journaliste culturelle Cathy Yogo, les yeux humides, se souvient : « Lors de la dernière édition des Écrans noirs, il apparaissait affaibli, mais toujours fidèle à son festival, à sa passion. Il était là, malgré la fatigue. Comme s’il savait que chaque instant comptait. »
 
Son dernier film, Le Gouverneur de la Rosée (2018), était une promesse d’éternité. Une œuvre douce-amère, à l’image de cet homme qui, jusqu’au bout, aura tenté d’arroser les terres arides du cinéma en Afrique.
 
Ce matin, le Cameroun pleure. L’Afrique pleure. Les écrans noirs sont devenus des miroirs de deuil. Bassek Ba Kobhio s’en est allé, mais ses images, elles, ne mourront jamais. Elles continueront de faire trembler nos âmes, de faire couler nos larmes… et, peut-être, de faire naître d’autres cinéastes qui marcheront dans son sillage.
 
Reposez en paix, Maître. La rosée que vous avez semée continuera d’arroser nos rêves.

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