
Sous les ors tamisés du palais des congrès Omar Bongo, la 17ᵉ réunion de haut niveau de l’UA tente de conjurer un mal chronique : des accords de cessez-le-feu qui tiennent moins longtemps qu’une trêve de Noël. Ambition affichée ? Faire du Gabon post-transition le laboratoire d’une paix enfin durable. Mais entre hommages appuyés à une vieille garde et résolutions sous-financées, la satire flotte dans l’air surchauffé de Libreville.
Le cadre, déjà, est un personnage à part entière.

Le palais des congrès Omar Bongo Ondimba n’est pas n’importe quelle enceinte. En accueillant les 21 et 22 mai 2026 la fine fleur des médiateurs africains – envoyés spéciaux, « Sages » du continent, technocrates de l’ONU et barons des Communautés économiques régionales –, il force une mise en scène politique délicate. Car l’hôte défunt fut, durant quatre décennies, l’incarnation d’une « diplomatie de la chaise vide » aussi habile que ambiguë. Son vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, assume l’héritage sans ciller : « Médiation, dialogue, solutions pacifiques », énumère-t-il, comme un catéchisme oublié puis ressorti du placard.Le Gabon, ou la transition en vitrine

L’ironie du sort – ou la stratégie bien rodée – veut que le pays, fraîchement sorti d’une transition politique que sa ministre des Affaires étrangères, Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny, qualifie de « très, très réussie », serve aujourd’hui de décor à une leçon de stabilité. L’Union africaine, par la voix de son président Mahmoud Ali Youssouf, n’a pas hésité à « rendre hommage au chef de l’État » en posant ses valises dans cette Cité de la démocratie que Libreville a rebaptisée sans rire jaune. On salue la performance. On retient son sourire.

Car le sujet est grave. Derrière les tapis rouges et les badges nominatifs, la machine doit produire du concret : lier dialogues nationaux, cessez-le-feu et réconciliation. Le thème officiel – « Renforcer les cessez-le-feu, le dialogue national et la réconciliation pour une paix durable » – a tout d’une formule incantatoire. Les guerres d’Afrique centrale, du Sahel et de la région des Grands Lacs continuent de défier les calendriers onusiens.La résolution 2719 comme unique planche de salut

Mahmoud Ali Youssouf ne mâche pas ses mots : « Il nous faut des moyens. Pour cela, nous comptons sur la résolution 2719. » Traduction en clair : assez de communiqués indignés. Les États membres doivent mettre la main au portefeuille et fournir des contingents crédibles. L’objectif « Faire taire les armes d’ici 2030 » – le programme phare de l’UA – tient encore du vœu pieux sans une armée africaine de paix dotée d’une vraie capacité de projection.La 4ᵉ retraite conjointe UA-ONU, qui s’est tenue à huis clos dès le 20 mai, a précisément planché sur ce chaînon manquant. Les participants en sont ressortis avec des notes copieuses et un constat amer : transformer un cessez-le-feu virtuel en réconciliation durable n’est pas qu’une affaire de volonté politique. C’est une quadrature budgétaire.
On pourrait s’arrêter au récit convenu de la grande famille africaine se retrouvant sous les palmiers de Libreville pour soigner ses blessures. Ce serait élégant. Ce serait faux. Car la pointe de satire qui flotte au-dessus des ateliers thématiques tient en une question : le Gabon a-t-il été choisi pour ses vertus exemplaires ou parce que tout le monde avait besoin d’une bonne nouvelle à célébrer ? La réponse, pudique, reste prisonnière des couloirs du palais Omar Bongo. Mais les sourires des diplomates, face caméra, ne trompent personne : on y célèbre d’abord le retour dans le giron d’un État pivot. La paix réelle, elle, se jouera dans les maquis oubliés du Sahel.
Libreville repartira avec le label de « capitale de la paix » collé à sa façade. Les Sages reprendront l’avion avec un carnet de notes bien rempli. Reste à savoir si, dans dix-huit mois, les cessez-le-feu signés en 2026 résisteront mieux que leurs aînés. En attendant, le palais des congrès Omar Bongo aura au moins servi à une chose : offrir à la transition gabonaise une consécration diplomatique à bon compte. Et à l’Union africaine, un décor de cinéma pour oublier, l’espace d’un week-end, que le temps des armes n’a jamais vraiment fait silence.



