
À 70 kilomètres de Libreville, sur la route nationale N1, au village ASSENG (gare d’Andem), une révolution silencieuse mais déterminée pousse dans les champs. Face à une facture d’importation alimentaire qui plombe le budget de l’État (1 milliard de dollars par an), l’Organisation Nationale d’Auto-Développement Économique et Social (ONADES) a pris son bâton de pèlerin. Objectif : prouver que le Gabon peut nourrir les Gabonais.

Fondée le 30 juin 2005 par un groupe de citoyens conscients de la « dépendance chronique » du pays, cette association cultive bien plus que des légumes : elle cultive l’espoir d’une souveraineté alimentaire. Alors que le pays importe plus de 70 % de son assiette, l’ONADES passe à l’offensive avec une ambition rare : se prendre en charge, pour mieux alléger la charge de la nation.
« Assez de l’assiette importée : nous voulons produire pour toute la République »

Dans la salle de réunion du siège social d’Akébé-ville, face à l’Église Catholique des Rois Mages, le fondateur et président exécutif, David Mendame ME-BEANG, décroche son téléphone. Il revient tout juste d’une inspection sur le site d’ASSENG. Son regard est celui d’un capitaine d’industrie agricole.

« Au Gabon, on a pris l’habitude de regarder vers l’étranger. Ce n’est pas une fatalité. Nous, à l’ONADES, nous avons décidé de faire un retour à la terre. Pas pour revenir en arrière, mais pour montrer qu’un Gabonais peut produire, transformer et vendre ce qu’il mange. Le billet d’un milliard de dollars qui sort chaque année, on veut le garder ici pour nos jeunes. »
Autour de lui, le siège social d’Akébé-ville vibre. Ici, on planifie. Là-bas, à ASSENG, on transpire. 20 membres actifs travaillent d’arrache-pied sur les 10 hectares de foncier, dont seulement 1 hectare est aujourd’hui pleinement mis en valeur. Un ratio que Mendame ME-BEANG assume comme un défi à relever.

« Nous avons 10 hectares, mais nos mains sont encore trop peu nombreuses. Avec 1 hectare, nous prouvons le concept. Imaginez ce que nous ferons avec les 9 autres, une fois nos antennes installées dans chaque province. »
Une architecture de la résilience : formation, transformation et vente « à bord des champs »
L’ONADES ne se limite pas à planter. Son modèle repose sur un triptyque sensibilisation – implantation – production – transformation locale. L’association a anticipé un écueil classique : produire sans vendre ou vendre sans transformer.
Ses deux stratégies de rupture :
L’installation de points de vente (gros et détail) dans les grands marchés du pays pour casser les circuits d’importation.
La vente directe « à bord des champs » , pour reconnecter le consommateur au producteur.
Mais l’ambition ne s’arrête pas aux frontières de l’Estuaire. L’ONADES prévoit d’installer des antennes dans les 9 provinces pour encadrer les coopératives recensées. Une manière de mutualiser les forces vives du monde rural.

« Un agriculteur isolé ne pèse pas lourd face aux bateaux de marchandises. Mais 100 coopératives regroupées, formées et équipées, cela devient une force de proposition. »
Objectif 2026-2027 : une assemblée générale sous le signe de l’offensive
D’ici début juin, l’ONADES réunira tous ses membres en assemblée générale au siège d’Akébé-ville. L’ordre du jour est lourd : passage à l’échelle.
Les attentes sont claires :
Subvention des projets pour accélérer la mise en valeur des 9 hectares restants.
Renforcement des capacités humaines et matérielles (formations aux métiers agricoles, équipements).
Car le défi est immense. Sortir du cercle vicieux des importations nécessite des bras formés et des outils adaptés.
« On ne nous fera pas de cadeaux. Nous demandons simplement un coup de main pour marcher. Le reste, c’est notre sueur, nos journées à ASSENG, nos nuits à préparer les semences. Avec le soutien des autorités de la Ve République, nous pouvons inverser la courbe. Le Gabon n’a pas besoin d’être le plus gros importateur d’Afrique centrale. Il peut devenir un hub de production. » lance David Mendame, le téléphone vissé à l’oreille pour coordonner une livraison de plants.
Un pari politique et économique : « Nous ne demandons pas la charité, nous proposons un partenariat »
Si le ton de l’association est volontariste, l’appel aux pouvoirs publics est mesuré. L’ONADES ne se positionne pas en opposition, mais en force de proposition. Réduire de 70 % la dépendance aux voisins (Cameroun, Guinée équatoriale, etc.) ne se décrète pas sans une armée de producteurs locaux.
L’État gabonais, qui cherche à diversifier son économie après le pétrole, trouve ici un allié de terrain. Chaque kilogramme produit à ASSENG ou ailleurs est un kilogramme qu’on n’importe plus.
« Imaginez : 1 milliard de dollars économisés par an. C’est la moitié de notre dette, ce sont des hôpitaux, des routes, des écoles. Nous ne sommes qu’une association. Mais si cent associations comme la nôtre voient le jour, le Gabon mange gabonais. »
Dernier appel avant l’assemblée générale
Alors que la date de l’assemblée générale approche (début juin, siège d’Akébé-ville, face à l’Église des Rois Mages), David Mendame ME-BEANG lance un appel solennel :
« Aux autorités, aux partenaires techniques et financiers, aux Gabonais de la diaspora et aux jeunes : rejoignez-nous. Venez voir à ASSENG ce que nous construisons. La terre ne ment pas. Le Gabon peut se réveiller. »
Il raccroche son téléphone, regarde et regarde ses papiers sur la table, et ajoute, presque pour lui-même :
« Le monde change. Ceux qui produisent survivent. Ceux qui importent tout obéissent. Nous, à l’ONADES, nous avons choisi de ne plus obéir. »



