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Gabon : Kobé-Kobé, le port XXL qui veut bousculer l’Afrique centrale

Port en eau profonde, rail géant, barrage hydroélectrique et mine de fer à 1 milliard de tonnes… Libreville dévoile une infrastructure XXL. Objectif : sortir de la rente, créer 160 000 emplois, et affirmer une nouvelle doctrine économique : « On ne brade rien, on distribue intelligemment. »

Sur la façade atlantique, dans l’estuaire du Komo-Océan, un nouveau chantier vient de naître. Et il ne s’agit pas d’un simple port. Le Gabon a officiellement lancé le projet intégré Kobé-Kobé : une plateforme en eau profonde (tirant d’eau 14 à 16 mètres, de quoi accueillir les plus gros porteurs), reliée par rail au gisement de fer de Belinga – l’un des plus grands encore non exploités au monde –, alimentée par un futur barrage de 400 à 600 MW à Booué.

« L’ambition de ce projet, pour moi, c’est d’abord du travail pour les Gabonais. Et aussi dire que nous avons diversifié nos partenaires économiques. Donc nous travaillons avec tout le monde. Comme je l’ai dit, nous ne chassons personne. Parce que la mine de fer de Belinga, c’est autant d’atouts. Le projet de Kobé-Kobé est un projet intégrateur, totalement redimensionné », a déclaré le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, après la pose de la première pierre.

Une chaîne complète, de la mine au navire

L’erreur serait de réduire Kobé-Kobé à une infrastructure portuaire. Le Gabon construit une colonne vertébrale logistique et énergétique entièrement sur son sol :

La mine de  Belinga (Ogooué-Ivindo) contient près d’un milliard de tonnes de minerai à haute teneur.
Le rail : une ligne dimensionnée pour atteindre jusqu’à 100 millions de tonnes par an, dont environ 35 % transformés localement.
Le port : Kobé-Kobé, tirant d’eau 14-16 m – là où Douala plafonne à 7-8 m.
L’énergie : le barrage de Booué (études lancées le 1er juin 2026) alimentera le complexe et renforcera le réseau national.

« Kobé-Kobé, c’est un port que la nature a dessiné et que le Gabon achève », résume une source proche du dossier.

160 000 emplois visés à l’horizon 2030

L’État annonce 160 000 emplois directs et indirects attendus d’ici 2030, avec une entrée en service visée pour la même année. Owendo n’est pas abandonné : il reste le cœur des activités conteneurisées (capacité doublée depuis 2024), tandis que Kobé-Kobé prendra les grands flux miniers et les navires hors gabarit.

Une doctrine : la diversification sans exclusion

Le message politique est assumé : le Gabon ne veut plus dépendre d’un seul partenaire. AGL (Africa Global Logistics, opérateur français historique) et la banque d’affaires Algeste sont engagés, mais d’autres acteurs industriels de plusieurs continents sont déjà à la table.

« Plusieurs continents autour d’une même table, un seul maître d’ouvrage : le Gabon. »

Le chef de l’État insiste : « Nous ne chassons personne. » La paix et la stabilité du pays sont présentées comme le premier avantage compétitif. « Sans paix, pas d’investissement », martèle-t-on dans l’entourage du projet.

Un projet déclaré d’utilité publique, sous tempo maîtrisé

Déclaré d’utilité publique en décembre 2025, le projet a vu sa convention signée le 23 avril 2026. Si le calendrier est ambitieux (2030), les études et premiers travaux sont déjà engagés. L’État prévient : « Les partenaires sont en situation de livrer. Celui qui traîne pourra être remplacé. »

Dernière formule, réitérée  comme une signature :
« Ici, la matière première ne part plus brute : elle se transforme, elle emploie, elle enrichit le pays. »

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