Zimbabwe : la démocratie à la carte, ou comment le Parlement s’offre un président « nouvelle formule »

Hararé, le sourire en coin. Cette fin de semaine , la Chambre basse du Parlement zimbabwéen a trouvé la parade à l’épuisante corvée des élections : elle a adopté, les deux tiers des voix, une réforme constitutionnelle aussi pratique que contestée. Au menu : le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans – un petit coup de pouce qui ne mange pas de pain – et, cerise sur le gâteau, le chef de l’État ne sera plus élu par le peuple, mais par les parlementaires. Une façon comme une autre de couper les intermédiaires, et surtout les électeurs.

Si le Sénat, lui aussi acquis à la cause, valide ce tour de passe-passe, le président Emmerson Mnangagwa pourra prolonger son bail jusqu’en 2030, alors que son mandat actuel expire en 2028. C’est ce qu’on appelle, en langage politique, une « rallonge négociée en famille ».
Dans le camp d’en face, on ne rit pas du tout. L’opposition, emmenée par le juriste Lovemore Madhuku, dénonce une atteinte en règle à la démocratie, estimant que ce texte prive les citoyens du simple plaisir – certes parfois décevant – de choisir leur président. La stabilité démocratique ? Menacée, dit-il. Mais après tout, qui a besoin de stabilité quand on a la majorité ?
Ce qui pique un peu plus, c’est que la Constitution de 2013, dans sa naïveté, exige un référendum pour ce genre de modification. Mais la Cour constitutionnelle, visiblement très occupée, a jugé les recours « irrecevables » – ou peut-être juste gênants. Quant à la société civile, aux anciens combattants et à quelques généraux à la retraite, ils réclament toujours un référendum, comme des enfants qui crient après un jouet promis. Pour l’instant, leur seul loisir est de regarder le Parlement réécrire les règles du jeu, sans qu’on les ait invités à la table.



