
Nommé à la tête du Groupe Gabon Télévision, le célèbre animateur et homme de médias Régis Massimba succède à Jean Robert Moutchinga Boulingui. Un pari de modernisation pour l’audiovisuel public, confié à une figure connue pour son énergie sur les ondes… et son sens du spectacle.

C’est désormais officiel : l’homme qui a fait vibrer les matinales d’ Africa N°1 et animé des journées entières sur TéléAfrica troque le micro contre le bureau du Directeur Général. Régis Massimba, 30 ans de carrière et une notoriété qui dépasse les simples cercles de journalistes, prend officiellement les rênes du Groupe Gabon Télévision (GGT).
La décision, entérinée par le Conseil des Ministres du 25 juin dernier, marque un tournant stratégique pour la télévision publique. L’ancien PCA de l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS) est désormais chargé de diriger la principale locomotive médiatique de l’État. Il remplace Jean Robert Moutchinga Boulingui, promu, lui, à la présidence du Conseil d’Administration de Gabon 24. Un chassé-croisé de têtes pensantes qui rappelle que, dans le petit monde de l’audiovisuel public, les sièges tournent presque aussi vite que les bandes-annonces.
Un « Iboga Power » à la barre de la chose publique
Pour ceux qui doutaient encore de la polyvalence des animateurs gabonais, Régis Massimba apporte la preuve par trente ans de métier. Surnommé affectueusement « Iboga Power » ou « Quizz Master » par ses fans, ce fils du paysage médiatique local n’est pas un novice en matière de gestion. Après avoir dirigé les programmes de TéléAfrica et présidé aux destinées de l’IGIS, il connaît sur le bout des doigts les rouages de la production, du divertissement et des contraintes techniques.
La question qui taraude désormais les observateurs est simple : parviendra-t-il à insuffler cette même énergie électrique qui caractérisait ses émissions dans les couloirs parfois engourdis de la télévision de la radio panafricaine?
Car le GGT, rappelons-le, n’est pas une petite salle de rédaction. C’est un mastodonte aux multiples chaînes, censé incarner la vitrine du Gabon. Entre la nécessité de moderniser les équipements, de séduire un public jeune happé par les écrans numériques et de maintenir une ligne éditoriale conforme aux attentes institutionnelles, la tâche s’annonce aussi ardue que celle de réussir un direct sans prompteur.
Entre service public et mains libres : l’équation du nouveau patron
Le gouvernement, en choisissant un visage aussi populaire, fait un pari audacieux : rendre l’information publique plus accessible, plus vivante, et pourquoi pas, plus regardée. Dans un communiqué officieux, les nouvelles autorités appellent à une « relance éditoriale » et à un « renforcement de l’audience ».
Mais gare à l’exercice d’équilibriste. Dans un contexte où l’audiovisuel public est parfois perçu comme la courroie de transmission du pouvoir, Régis Massimba devra jouer les funambules. Sa mission : crédibiliser le groupe en respectant une déontologie qui ne souffre pas d’acrobaties, tout en « valorisant le contenu national ». Un doux euphémisme qui signifie qu’il faudra, d’une main, distiller les informations institutionnelles et, de l’autre, laisser respirer une indépendance éditoriale pour ne pas transformer le JT en bulletin de victoire ministériel.
Un premier jour dans l’antre du GGT
Ce mercredi 1er juillet, en prenant possession de son nouveau fauteuil, Régis Massimba n’a sans doute pas oublié ses années passées à courir les scènes d’événementiels. S’il parvenait à appliquer à la direction générale l’agilité qu’il déployait sur les plateaux, le GGT pourrait bien connaître une petite révolution silencieuse. La question reste entière : saura-t-il s’adapter à cette nouvelle partition, lui qui est passé maître dans l’art de faire parler les invités, mais qui devra désormais faire parler la chaîne ?
Les téléspectateurs, eux, espèrent surtout que la fameuse « indépendance technique » (lire : ne pas voir l’image se figer au moment du journal de 20h) sera au rendez-vous. Quant au reste, le nouveau DG a les épaules assez larges pour endosser le costume de directeur, même si les caméras, cette fois, seront braquées sur les autres. Une chose est sûre : avec un homme de spectacle à sa tête, le GGT ne risque pas de s’endormir sur ses lauriers. C’est peut-être même le début d’une nouvelle ère : celle où le « service public » rime avec « show must go on ».



