
C’est une photographie du Gabon en noir et blanc, ou plutôt en nuances de gris. Le Ministère de la Planification et de la Prospective, avec l’appui du PNUD, a dévoilé le Rapport national sur le développement humain 2026. Son sous-titre, « Jeunesse, Employabilité, Entrepreneuriat et Développement Humain au Gabon », résonne comme un aveu autant qu’une promesse. Dans la salle, officiels et jeunes entrepreneurs se sont retrouvés face à ce que certains ont qualifié de « douloureux paradoxe » .

La note est bonne, mais les copies sont à revoir
Sur le papier, le Gabon peut se targuer d’un Indice de Développement Humain (IDH) élevé, établi à 0,733 . Le représentant du PNUD, Rokya YE-DIENG, a rappelé la mécanique de cet indice : il ne se limite pas au revenu, mais combine la santé (espérance de vie), l’éducation (taux de scolarisation) et le niveau de vie . « L’indice sur le développement humain que promeut ce rapport ne se repose pas uniquement sur le revenu », a-t-elle souligné .
Marie-Louise Pierrette Mvono, la ministre de la Planification, a tenté de donner une âme aux statistiques : « Au-delà des performances économiques, le développement humain nous interpelle sur la qualité de vie de nos concitoyens, les opportunités offertes à la jeunesse… » .

Mais c’est le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, qui a mis le doigt là où ça fait mal, rappelant que ce rapport est le premier du genre depuis vingt ans . Il a parlé d’un « paradoxe marquant » : un IDH de 0,733 contre un taux de chômage des jeunes culminant à 34,5 % . Un actif sur trois chez les moins de 35 ans est sans emploi . Derrière ce chiffre, une réalité : 86,5 % des emplois relèvent du secteur informel, une économie du débrouillard qui échappe aux radars de la protection sociale .
Quand le développement se heurte au mur de l’emploi
Le rapport met en lumière un « système économique encore en transition, où la croissance ne se traduit pas pleinement en création d’emplois formels » . Les filières d’enseignement supérieur orientent vers la fonction publique, dont les capacités de recrutement sont saturées, tandis que les métiers techniques peinent à trouver des profils locaux . Le résultat est une génération sacrifiée sur l’autel des statistiques, ballottée entre stages sans lendemain et inactivité prolongée .
Le ministre de la Planification a évoqué le Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) comme un levier pour renverser la table . Pourtant, comme l’a souligné le Vice-président, l’enjeu dépasse le simple affichage politique : « Cette réalité appelle à des actions coordonnées et structurées » .

Le Gabon se retrouve donc face à un dilemme de pays émergent : comment concilier un IDH enviable avec une jeunesse qui regarde l’horizon sans perspective ? Le Rapport 2026 n’apporte pas de solution miracle, mais il force le pays à regarder la vérité en face. Le développement, décidément, n’est pas qu’une question de chiffres.



