
Dans le sillage de la feuille de route des 100 jours du ministère de l’industrie et de la transformation locale, l’État gabonais amorce une étape décisive vers l’autosuffisance alimentaire. En présence de Me Lubin Ntoutoume, ministre de tutelle, et de l’investisseur Georges Kanaan, un protocole d’accord ambitieux a été signé ce vendredi 24 Avril 2026 pour la construction d’un complexe avicole intégré entièrement financé par des fonds privés.
Un tournant stratégique pour la filière avicole


C’est dans la salle de réunion du cabinet ministériel que l’histoire de la souveraineté alimentaire gabonaise a pris une nouvelle dimension. Me Lubin Ntoutoume, ministre de l’Industrie et de la Transformation Locale, a paraphé ce jour un protocole d’accord avec la Société Gabonaise de Production Avicole (SGPA), représentée par son directeur général, M. Georges Kanaan.
Objectif : substituer, à horizon 2027, l’intégralité des importations de poulets congelés – 90 000 tonnes par an – par une production locale de qualité, compétitive et durable. « Cette signature matérialise progressivement la décision gouvernementale d’arrêter l’importation du poulet de chair au début de l’année 2027. C’est une priorité inscrite dans notre feuille de route des 100 jours, et nous venons d’en amorcer le tournant décisif », a précisé le ministre, entouré de ses collaborateurs.
85 000 poulets par semaine dès la première année

Le projet porté par SGPA ne relève pas du laboratoire, mais de l’industrie lourde. Sur un terrain de 40 hectares à proximité de Libreville, un complexe avicole intégré sortira de terre. Il comprendra 12 poulaillers (dont 6 dès la phase 1), un couvoir, un abattoir aux normes HACCP, une usine d’aliments pour bétail, une centrale solaire autonome de 1 685 kWp et une chaîne du froid complète.
L’ambition est clairement affichée : 85 000 poulets par semaine dès la première année d’exploitation, soit environ 500 000 tonnes annuelles, avec une montée en puissance portée à 200 emplois directs qualifiés en phase 2, réservés en priorité aux Gabonais.
Un investissement 100 % privé, zéro garantie souveraine
Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui, l’État assume une rupture nette avec les modèles antérieurs : le complexe sera intégralement financé par des capitaux privés, sans recours aux fonds publics ni garantie souveraine.
Investissement total cible : USD 20 millions. La première tranche de financement (USD 12 millions) devra être décaissée d’ici 120 jours après la signature de la convention d’investissement et l’attribution du foncier – ce que les parties appellent le « Jour Zéro ».
« La disponibilité des investisseurs est là. Nous avons réaffirmé notre engagement à livrer une unité de production intégrée dans les délais fixés par le chef de l’État et le gouvernement », a déclaré Georges Kanaan, investisseur franco-libanais, visiblement satisfait de l’avancée.
Feuille de route contrainte, volonté affichée
Le calendrier contraignant : J0 fixé au 31 mai 2026 au plus tard, puis 120 jours pour le closing financier, 15 jours pour les commandes fermes d’équipements (notamment en Chine), et enfin 180 jours pour la production commerciale. Soit un délai total de 10,5 mois entre la signature des actes et les premiers poulets « made in Gabon ».
En cas de retard administratif de l’État, les délais de l’investisseur sont automatiquement reportés – une clause qui traduit la confiance mutuelle, mais aussi l’exigence partagée de résultat.
Vers la fin des poulets importés ?
Avec moins de 5 % de production locale face à une facture d’importation de 121 millions USD, le Gabon reste encore très dépendant. Mais ce protocole envoie un signal puissant aux marchés : la transformation locale n’est plus un slogan, c’est un chantier ouvert, porté par un gouvernement qui met l’acte au service de la parole.
Le ministre Lubin Ntoutoume a conclu la cérémonie en annonçant la mise en place, sous un mois, d’un comité de suivi conjoint. Le prochain rendez-vous est fixé à mai 2026 pour le « Jour Zéro ». D’ici là, Libreville et tout le secteur agro-industriel retiendront leur souffle.



