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Congo-Brazzaville/ Primature: Anatole Collinet Makosso reste en place!

Le 23 avril, par un décret dont la discrétion n’a d’égale que la puissance symbolique, le président Denis Sassou Nguesso a reconduit Anatole Collinet Makosso au poste de Premier ministre. « Tu restes, mais cette fois on appuie sur le champignon », aurait glissé un proche du palais. Une accélération verbale qui, dans le microcosme politique congolais, fait l’effet d’une promesse de rallye au milieu d’une panne d’essence.

Car la métaphore mécanique est séduisante : même capitaine à la barre, mais un moteur passé à la vitesse supérieure. Le problème, notent les observateurs chevronnés – ceux qui savent compter les nids-de-poule sur l’avenue Foch –, c’est que le moteur, justement, toussait déjà sous le capot précédent. L’accélération, dans ces conditions, pourrait bien n’être qu’un bruit de plus.

« Cap maintenu, mais le GPS dit demi-tour »

Analysons la chose avec la froideur d’un constat d’huissier, ou d’un ancien ministre de l’Économie regardant les courbes de croissance. M. Makosso, 51 ans, fidèle parmi les fidèles, a été chargé de poursuivre la diversification, doper le pouvoir d’achat, moderniser l’existant et transparenter l’intransparent. Trois mandats n’y ont pas suffi. Pourquoi le quatrième serait-il celui de la révélation ?

Une source proche du comité central, qui a souhaité garder l’anonymat pour ne pas « beurrer le moteur », confie : « Anatole est un garçon sérieux. Le problème, c’est qu’on lui a donné une Fiat avec une pédale d’accélérateur cassée. Alors oui, on l’a reconduit. Mais ce qu’il nous faudrait, c’est une dépanneuse. » Humour de cénacle, évidemment, car à Brazzaville, on ne change pas un chef qui ronronne pendant qu’on rêve de Formule 1.

La satire involontaire du communiqué officiel

Le texte de l’éditorial des Echos Congo-Brazzaville que nous avons pu nous procurer – merci aux sources qui se reconnaîtront – claironne fièrement : « Fini le temps des discours qui marchent à pied, place aux actions qui roulent en vitesse de croisière. » Magnifique. Les mots ronflent plus que le moteur. Car dans les administrations, les « accélérations » ressemblent surtout à ces embouteillages où chacun klaxonne sans avancer.

Prenons la « diversification économique », chantre promise. À la sortie du dernier conseil des ministres, un participant raconte : « Le Premier ministre a dit « on accélère ». Moi, j’ai cru entendre « on s’accroche ». » Il plaisante à moitié : les recettes pétrolières restent le vrai carburant, et tant que la pompe ne sèche pas, les virages serrés de l’économie réelle sont souvent pris au pas.

Quant au pouvoir d’achat, promis à un « bond qualitatif », les marchands du quartier Poto-Poto ont leur analyse : « Makosso reconduit, mais nous, on est reconduits à la même vie. L’accélération, c’est peut-être pour les voitures des ministres. Nous, nos vélos, ils avancent au rythme des trous dans la route. » Satire populaire ? Peut-être. Mais elle a le mérite de caler là où les communiqués officiels patinent.

« La transparence, bientôt sur vos écrans ? »

Le gouvernement promet aussi de renforcer la transparence. Là, nous avons failli éclater de rire. À Kinshasa, de l’autre côté du fleuve, on appelle cela « un oxymore institutionnel ». À Brazzaville, on préfère la formule pudique : « une accélération en douceur ». Les marchés publics, les contrats miniers, les exonérations fiscales : tout cela va devenir « clair comme de l’eau de roche », nous jure-t-on. La même eau de roche qui, dans les ravins de la capitale, est souvent boueuse.

Un conseiller à la présidence, que nous ne nommerons pas pour ne pas gêner sa future mutation, lâche : « On a le même capitaine, mais on a changé l’huile. » Jolie formule. Dommage que l’huile soit encore celle des copains.

En réalité, cette reconduction est un acte de foi politique. Le président Sassou Nguesso, grand stratège, sait qu’on ne change pas d’équipage en pleine traversée. Surtout quand on est certain de la destination. Du coup, le « même capitaine » rassure les investisseurs – ceux qui regardent les fondamentaux – mais agace un peu la population, qui espérait au moins un nouveau coq sur le capot.

Alors, « on accélère le moteur » ? Peut-être. Mais à l’oreille, on distinguerait plutôt le bruit doux d’une politique qui tourne au ralenti, avec un couple de promesses et une surconsommation de carburant rhétorique.

N’empêche. Makosso est là. Le moteur tourne. Et si jamais il cale, on trouvera bien un autre décret pour dire que c’était une pause technique.

À Brazzaville, le ronronnement du pouvoir est parfois plus fort que le vrombissement des réformes. En attendant, la satire s’arrête ici, mais l’accélération, elle, n’a pas encore quitté le parking.

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