
Suicide, violences en tout genre, drogues dures ou douces… Le climat scolaire tient plus du film catastrophe que de la comédie musicale. Bonne nouvelle : une caravane de la bonne parole, portée par une fondation et quelques experts bienveillants, sillonne Libreville depuis deux semaines. Objectif : faire de la santé mentale une priorité nationale. Ou au moins, remplir les salles de classe avec des slogans inspirants.


Au lycée Wassi (oui, c’est le nom), comme ailleurs dans d’autres d’écoles , l’ambiance est devenue si pesante que même les surveillants prennent des cours de respiration. Isolés, tristes, parfois agressifs – non, on ne parle pas des profs du lundi matin, mais des élèves. Face à cette détresse psychologique quasi banale qu’un cours de maths, la fondation Gertrude-François a lancé une caravane itinérante. Le concept : coller un micro sous le nez des ados pour leur expliquer, avec force diapos, que la fragilité mentale, ce n’est pas une faiblesse. C’est juste un enjeu de santé publique. Mais en plus tendance.
Félicien Dianga, technicien supérieur en santé mentale à l’hôpital psychiatrique de Melen. L’homme a visiblement une liste de courses bien remplie : « On a exposé des éléments qui contribuent à la mauvaise santé mentale. » En d’autres termes : un élève constamment triste ou isolé ? Alerte. Un bon élève qui se met à avoir des notes catastrophiques ? Alerte. Un ado qui devient agressif avec ses profs ? Alerte – doublement, pour lui et pour le prof. Ajoutez à ça l’autodestruction par les drogues, et vous obtenez le cocktail idéal pour remplir l’hôpital psychiatrique de Melen.
Addictions et joyeux duettos psychiatriques


Les organisateurs, malins, ne se sont pas arrêtés aux substances illicites. Non non. Ils explorent aussi le lien subtil entre troubles psy et petite bière du vendredi soir, ou entre jeux d’argent et descente aux enfers. Une approche globale, comme on dit dans les meetings. Sauf que globalement, quand on a 16 ans et qu’on cherche juste à passer le bac, tout ça a un petit goût de « encore une leçon de morale en kit ».
L’initiatrice du projet, Marie Wilma Sickout Assélé, ancienne dépressive assumée, témoigne : « Ça fait dix ans que je me bats avec ma fondation. On a déjà fait plusieurs établissements, on termine la deuxième phase. Si les moyens nous le permettent – c’est-à-dire si un mécène tombe du ciel – on ira dans l’intérieur du pays. » On sent le réalisme qui chatouille l’ambition.
« Je ne peux pas toucher à ça » : la leçon de vie façon ado sportif

Heureusement, dans la cour du lycée, les paroles se libèrent. Comme par magie. Warren Simangoye, 17 ans, terminale, athlète (mentionné, car ça ajoute du crédit), raconte qu’on lui a proposé de la drogue. Sa réponse, qu’il juge historique : « Ce n’est pas dans mon éducation. Je suis sportif, il y a des choses que je ne peux pas toucher. » Et toc. On n’a qu’à bien se tenir, dealers de bas étage.
Un autre témoignage, plus larmoyant : Dominique Flore, elle aussi en terminale, avoue avoir été incomprise. Puis elle se reprend, un peu gênée : « Parfois, je me suis confiée, mais je vais taire le reste. » Ouf, on aura au moins évité le déballage intégral. Sa camarade Christelle Massonga, elle, a la solution miracle : « Le seul moyen de sortir du piège, c’est d’en parler. » Du coup, merci la caravane, sans elle on n’y aurait jamais pensé.
Un enjeu de santé publique (mais pas trop de moyens, hein)
Petit rappel chiffré : plus de 4 100 cas de troubles mentaux au Gabon en 2021. Mais avouez qu’entre une thérapie et une caravane qui passe trois quarts d’heure dans votre lycée, l’équation est vite résolue. Les organisateurs espèrent détecter précocement les signes de mal-être. Une sorte de radar à tristesse. Prochaine étape – si les sous suivent – à l’intérieur du pays. Parce qu’en plein milieu de la forêt équatoriale, les ados qui vont mal, ça aussi ça existe. Mais une caravane, ça roule surtout sur du bitume, alors croisons les doigts.
Alors, cette caravane va-t-elle réellement briser le silence ou juste faire un peu de bruit dans les couloirs avant de reprendre la route ? Une chose est sûre : à Libreville, parler de santé mentale devant 200 élèves brave crânement le grand tabou. Reste à savoir si, après le départ de la délégation de Sickout Assélé, les ados continueront à se confier – ou si le silence reviendra, plus solide qu’avant, comme un vieux réflexe. En attendant, la fondation et le centre de Melen poursuivent leur tournée. Une ligne d’écoute et des consultations sont proposées. C’est toujours ça de pris. Parce qu’après tout, au Gabon comme ailleurs, le plus dur n’est pas de faire venir la caravane. C’est qu’elle ne reparte pas avec la clé du problème.



