Africa N°1 : le Gabon et la Libye signent la paix des braves… vingt ans après la fin de la « parenthèse enchantée »


Après des années à traîner comme un vieux 33 tours rayé, le feuilleton juridico-financier d’Africa N°1 a connu son épilogue. Mardi à Libreville, sous les ors d’une salle où l’on jurerait que le café était aussi fort que les convictions, Gabonais et Libyens ont scellé un accord mettant fin à plus de deux décennies de colocations forcées. La Libye, via son holding Libya Africa Portfolio (LAP), lâche enfin ses 52 % du capital. Comme on rend les clés d’un appartement dont on a oublié l’adresse.La parenthèse libyenne ? Disons plutôt le marathon juridique.

Rappelons-le : cette radio mythique, née en 1981 à Libreville, a longtemps fait rayonner le continent sur les ondes. Jusqu’au jour où, au milieu des années 2000, le Gabon, cherchant désespérément des sous pour boucler les fins de mois, a ouvert la porte à Tripoli. Entrée fracassante de Kadhafi & Co, sourire aux lèvres, chéquier en main. Résultat : 52 % du capital libyen, 48 % pour le Gabon. Une « coopération » qui sentait bon le pétrodollar et les émetteurs flambant neufs. Sauf que la suite, on la connaît : révolution libyenne, cadavre de guide au placard, holdings fantômes et redressement judiciaire façon zombie. La radio s’est éteinte petit à petit, comme une pile rechargeable qu’on aurait branchée sur une prise… libyenne.La bravoure des négociateurs, ou l’art de se réveiller au milieu du guet-apensCar il faut du cran pour signer un accord vingt ans après, quand les acteurs initiaux sont soit morts, soit en exil, soit reconvertis dans l’élevage de dromadaires. Pourtant, les autorités gabonaises de transition, animées d’une foi aussi solide qu’un vieux poste à lampes, ont multiplié les réunions préparatoires. On imagine des nuits blanches, des traducteurs en sueur, et des poignées de mains si longues qu’on aurait pu y diffuser un journal parlé.
« Nous avons enfin tourné la page », a soufflé un diplomate, visiblement soulagé de ne plus avoir à prononcer les mots “holding libyen” sans grimacer. La délégation libyenne, elle, repartira avec un tapis d’excuses tissé main et la promesse de ne plus jamais toucher à une radio africaine, sauf pour l’écouter en podcast.
Une relance sous stéroïdes numériques : adieu sifflements, bienvenue streaming
Pendant que les avocats rangeaient leurs stylos, des ouvriers s’activent déjà au siège historique de Libreville. Fini les studios aux airs de musée de la technologie préhistorique. On modernise tout : régies, consoles, connexions. Le gouvernement promet un « média multimédia » (oui, oui) alliant FM, streaming, podcasts et contenus viraux TikTok, histoire de prouver que le Gabon n’est pas qu’un pays de pétrole et de matchs de foot mémorables.


L’objectif affiché : reconquérir le cœur des auditeurs francophones, perdus entre RFI, France Inter et les influenceurs sénégalais sur X. Pour l’instant, les Gabonais retiennent leur souffle et leurs souvenirs : ceux de la grande époque où Africa N°1 formait des journalistes à la voix d’or et aux accroches cultes.
Un symbole qui renaît de ses cendres (et de ses emmerdes administratives)
Qu’on se le dise : cet accord ne rachète pas seulement des parts sociales. Il réveille un pan entier de l’histoire médiatique du continent. Et si, par miracle, la nouvelle équipe arrive à allier sérieux, moyens et créativité, Africa N°1 pourrait bien redevenir la voix qui manquait au « Panafricanisme 2.0 ».
En attendant, le Gabon savoure. Il a récupéré sa radio. Entièrement. Comme on reprendrait un enfant à une famille d’accueil qui l’aurait laissé regarder la télé allumée 24h/24. Bravo pour votre détermination. Et vivement la première émission, avec un invité surprise : peut-être Albert Junior, pour une chronique sur « comment ruiner une belle idée en douze ans et demi ».



